Désaccord Parfait

Film français de Antoine de Caunes

Avec Charlotte Rampling, Jean Rochefort, Isabelle Nanty, Ian Richardson, James Thiérrée, Raymond Bouchard





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-11-2006

Durée: 1h31

 

Monstres sacrés

Sur le thème du réalisateur vieillissant qui peine à poursuivre une carrière fragilisée par l’évolution des goûts et la sanction de l’âge, Woody Allen (toujours lui) avait réalisé Hollywood Ending qui abordait aussi la jalousie permanente éprouvée pour la femme qui l’avait quitté jadis. On peut se demander pourquoi la mayonnaise de Désaccord parfait – avec les mêmes ingrédients – prend moins bien que celle de Woody.
Est-ce dû à la sagesse convenue du scénario d’Antoine de Caunes comparée au délire abracadabrant des situations dans Hollywood Ending ? Cette retenue est d’autant plus étonnante que l’auteur (comme Edouard Baer ou Alain Chabat) se laissait aller sans limites lorsqu’il travaillait pour la télévision : il semble que le cinéma ait inhibé ses capacités de délire. Bizarrement, on admet que Woody Allen réalise un film alors qu’il est devenu aveugle, mais on reste sceptique sur les motifs qui poussent Jean Rochefort à reconquérir, sur le tard, son « ex- » mariée à un vieux lord homosexuel.
Une autre raison pourrait venir du choix des deux comédiens principaux. Leur talent évident et reconnu n’est pas en cause, mais l’importance de leur filmographie d’acteurs rend peu crédible le personnage de Jean Rochefort en réalisateur (surtout d’avant-garde) ni celui de Charlotte Rampling en diva du théâtre shakespearien. Il est évidemment plus facile pour le public d’admettre Woody Allen en réalisateur hypocondriaque et jaloux que de voir Rochefort incarner une sorte de Maurice Pialat mâtiné de Jean-Luc Godard, surtout quand il chante Boum de Charles Trenet dans une cérémonie officielle.
Malgré les trucages d’un prologue « press-book », ce couple présenté comme célèbre n’arrive à évoquer ni Dietrich-Sternberg, ni Bardot-Vadim, ni Garland-Minnelli. La crédibilité de leur histoire pâtit de cette absence de peopolisation authentique, car ce sont d’excellents comédiens mais ils n’ont malheureusement pas acquis ce statut mythique de stars aux yeux du public. On peut le regretter, d’autant plus que l’entreprise est ambitieuse et que Antoine de Caunes a apporté beaucoup de soin dans la réalisation de cette comédie sentimentale dont il est l’auteur. C’est pourquoi souhaitons que le public soit insensible à ces quelques réserves et vienne récompenser cette sympathique tentative de renouveler la classe d’âge de l’inépuisable sujet : boy meets girl