Le Dahlia Noir
The Black Dahlia

Film américain de Brian De Palma
Josh Friedman, d'après le roman de James Ellroy

Avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Aaron Eckhart, Hilary Swank


Sélection officielle Venise et Deauville 2006


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-11-2006

Durée: 2h

 

Briante parodie


En hommage revendiqué aux films noirs des années quarante, Brian de Palma nous entraîne dans une enquête tellement opaque que le Faucon Maltais, la Clé de Verre ou le Grand Sommeil paraîtront des modèles de limpidité comparés à ce Dahlia Noir inspiré par une affaire criminelle réelle. Comme le spectateur décroche assez tôt, il peut se consacrer à la virtuosité de la réalisation et à l’admirable travail du décorateur, Dante Ferretti, qui a reconstitué à Sofia (Bulgarie) les rues du Los Angeles de l’époque. Il se demande aussi pourquoi tous ces talents réunis n’entraînent pas l’adhésion alors que, dans un genre voisin, les Infiltrés de Scorsese vous tiennent en haleine de bout en bout.

Cette reconstitution haut de gamme est-elle un piège ? Le tabagisme actif, les voitures et les costumes d’époque, les flashes au magnésium, les feutres vissés sur la tête des comédiens, tous ces éléments décoratifs ne font ils pas finalement obstacle à notre émotion ? De plus, existe-t-il de bon film « noir » en technicolor ? Les polars de l’époque étaient tournés format carré dans un noir et blanc haut contraste qui était un des éléments essentiels de ce style spécifique : on en est loin avec les superbes images de Vilmos Zsigmond sur écran large. Et, surtout, Bogart, Mitchum, Ladd, McMurray créaient, sans le savoir, des personnages qui allaient devenir des mythes : malgré leur talent, les acteurs du Dahlia Noir n’incarnent pas les héros de leur enquête obscure, ils imitent les aînés et leurs tics en frôlant la parodie.

Le talent de Brian de Palma peut camoufler ce genre de réserves lorsqu’il s’agit des remakes de Scarface ou des Incorruptibles car l’esprit presque chorégraphique de ces films l’emporte sur une intrigue passe-partout, mais dans cette ambitieuse adaptation du roman de James Ellroy, les laborieuses étapes de l’investigation policière finissent par avoir raison de la patience du spectateur en quête de repères dans ces incessants retournements de situation. Mais si vous faites partie de ceux que la forme séduit plus que le fond, vous pourrez prendre plaisir à voir cette leçon de virtuosité occuper l’écran pendant deux heures.