Le Labyrinthe de Pan
El laberinto del Fauno (Pan's labyrinth)

Film espagnol de Guillermo Del Toro

Avec Sergi Lopez, Maribel Verdu, Ivana Baquero, Doug Jones, Ariadna Gil, Alex Angulo


Sélection officielle Festival de Cannes 2006


Par Esther Castagné
 
Sortie le 01-11-2006

Durée: 1h52

 

Cauchemardesque conte de fées en climat franquiste

Espagne 1944. Ofelia est tout juste sortie de l'enfance mais n'a pas encore renoncé à croire aux fées… Lorsque sa mère et elle se rendent, par la forêt, à la garnison reculée où officie le nouvel époux de sa mère, l'autoritaire et brutal Capitaine Vidal, Ofelia croit voir une fée qui deviendra sa protectrice et l'emmènera jusqu'au c½ur du mystérieux labyrinthe qui jouxte le campement militaire. Là, le gardien des lieux, le faune Pan, lui révèlera qu'elle est la princesse d'un royaume enchanté. Encore faut-il qu'elle le prouve en surmontant des terribles épreuves…

Guillermo Del Toro mêle ici Histoire et fantastique, comme il l'avait déjà fait dans L'échine du Diable (2002). Si le monde d'Ofelia est celui des contes de fées, il n'empêche qu'elle est précipitée dans le monde cruel des adultes, celui de l'odieux Capitaine – campé par un Sergi Lopez savoureux de sadisme –. Ces deux univers s'opposent radicalement et Guillermo Del Toro réussit magnifiquement à les faire exister indépendamment.
La création visuelle du monde merveilleux de Pan, dans lequel se réfugie Ofelia, est exceptionnelle : tant la photographie que les effets spéciaux participent de cette réussite. Inspirés de l'univers de Goya, les décors inquiétants et baroques du royaume de Pan s'opposent radicalement au naturalisme du monde 'réel'.
Au delà des qualités visuelles et esthétiques du film, Del Toro réussit à nouveau le pari (qui avait déjà été celui de L'échine du Diable) de traiter conjointement de la réalité politique et sociale de l'Espagne franquiste et du monde merveilleux où le Bien ne triomphe qu'à force d'épreuves – au sens mythologique du terme –.
D'ailleurs ici Histoire, mythologie et merveilleux se mêlent harmonieusement par un jeu de miroirs et de compensation qui aboutira à la fusion finale entre les deux univers (celui d'Ofelia et celui du Capitaine, celui du merveilleux et celui de la réalité).
Seul le duel entre les deux protagonistes, qui veulent chacun obtenir l'enfant, le nouveau né innocent, permettra aux deux mondes de se rencontrer et se fondre afin que ne triomphe le plus fort… L'innocence sera-t-elle plus forte que le mal ?