Lady Chatterley

Film français de Pascale Ferran

Avec Marina Hands, Jean-Louis Coulloc’h, Hippolyte Girardot





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 01-11-2006

Durée: 2h38

 

La belle et la bête

L’heure est aux adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires, en cette rentrée 2006. Après Tout va bien, ne t’en fais pas, Le parfum ou encore Le grand Meaulnes, c’est le roman érotique de D. H. Lawrence, L’amant de Lady Chatterley, qui investit le grand écran. Et c’est Pascale Ferran (dont c’est le grand retour au cinéma) qui cette fois s’essaie au difficile exercice d’adapter le grand classique anglais, plus de cinquante ans après Marc Allégret.

Ce n’est pas tout à fait le roman passé à la postérité qui a retenu l’attention de la réalisatrice ; c’est sa seconde version, Lady Chatterley et l’homme des bois, qui a véritablement inspiré le scénario du film. Avec un amant plus rustre, plus socialement marqué, bien moins bavard aussi que son alter ego militaire de l’ultime version du roman. Car le film entend privilégier l’expérience, l’expérimentation en temps réel de la vie et de la transformation, sur la prolixe casuistique érotique du roman qui fit scandale dans l’Angleterre puritaine des années 20.

Il y a Constance, Lady Chatterley, qui s’ennuie dans son mariage et son château. Il y a Parkin, le garde-chasse du domaine, qui vit retranché d’un monde où il n’a pas sa place. L’aristocrate et le domestique, la belle et la bête. C’est au milieu des bois, et d’une nature qui s’épanouit au fil des saisons, qu’ils s’éveillent à l’amour et à la construction d’un monde à deux.

Le film ne s’est pas trompé de sujet. Pascale Ferran a su retenir du roman anglais sa véritable essence : non pas tant la transgression, ou l’adage, mâché et remâché, que « l’amour est plus fort que les barrières sociales », mais la saisie par petites touches de la naissance d’un couple. Lady Chatterley est l’histoire d’un apprentissage : un apprentissage de l’autre et du corps de l’autre, d’un langage commun, de la longueur d’ondes adéquate. Un apprentissage à coups de contacts, d’embarras, de tâtonnements, de rougeurs et d’émois.

Mais à ce jeu de l’amour et de la candeur, arrive un moment où finissent étrangement par manquer les mots. Malgré les délicates compositions de Pascale Ferran, malgré la sincérité et la justesse des acteurs, l’émotion ne vient pas, l’alchimie ne naît pas. C’est là le grand paradoxe : le propos du film voudrait voir évacuée toute distance qui ferait du spectateur un voyeur, au profit d’une saisie en temps réel de la « palpitation » de l’instant, comme le suggère D. H. Lawrence dans une lettre à Huxley (mise en exergue justement par Pascale Ferran dans son dossier de présentation du film). Lady Chatterley nous invite à nous tenir au plus près des sensations en éveil, au seuil de l’amour en construction. Les plans se rapprochent, les corps se dénudent, les langues se délient au fil du film. Et pourtant, la sauce ne prend pas : on reste très extérieur à cette histoire dont on se sent un peu privé. Faute de mots peut-être.

De cette lacune structurelle, le film de Pascale Ferran fait d’une certaine façon l’aveu, en ponctuant ses séquences de temps à autre de cartons narratifs, ou d’une voix off féminine. Le procédé serait légitime s’il était plus systématique. Mais son inscription un peu aléatoire dans le film lui ôte sa nécessité : reste l’impression que ces interventions extérieures de la parole viennent porter secours à une narration cinématographique qui a atteint ses limites. C’est là pour Pascale Ferran avoir sous-estimé son support. Le film avait de quoi vivre de lui-même.