Bamako

Film français de Abderrahmane Sissako

Avec Aïssa Maïga, Tiécoura Traoré, Hélène Diarra, Habib Dembélé, Djénéba Koné, Hamadoun Kassogué, Hamèye Mahalmadane, Aïssata Tall Sall, William Bourdon, Magma Gabriel Konaté, Zégué Bamba, Aminata Traoré


Sélection officielle Hors Compétition Festival de Cannes 2006. Grand Prix du Public aux Rencontres Paris Cinéma 2006


Par Esther Castagné
 
Sortie le 18-10-2006

Durée: 1h58

 

Terre d'injustices et de souffrance

Bamako, Mali. Dans la cour d'une maison populaire que partagent plusieurs familles se déroule un procès. Celui que des représentants de la société civile africaine a engagé contre la Banque Mondiale, le FMI et autres institutions du Nord, du riche Occident qui continue à couvrir l'Afrique de dettes tout en prétendant l'aider. Au milieu des plaidoiries des uns et des témoignages des autres, la vie continue pour les habitants de la maison qui semblent pour certains indifférents aux droits et aux revendications du peuple malien.

Plus qu'un film, Bamako est un pamphlet, un virulent plaidoyer lancé par Abderrahmane Sissako contre la charitable hypocrisie des européens.
Le cinéaste condamne ces organes de régulation du système international pour leur injustice inavouée à l'égard des pays pauvres que l'on continue impitoyablement à contraindre à 'payer leurs dettes' avant même de le aider à trouver un quelconque équilibre économique. Alors comment dans ces conditions obtenir les 'ajustements structurels' qu'on leur impose ?
Sissako mêle habilement intrigue extérieure au tribunal et procès : il filme les deux parties, les deux regards de Bamako de façon radicalement différente, privilégiant la démarche documentaire pour tout ce qui a trait au politique et au réel tandis qu'il représente la fiction avec une technique et des codes propres au cinéma (alternance champ-contre champ, plans séquence…). Il choisit une mise en scène froide et même quasi inexistante pour les épisodes de la cour (ceux du procès) au sein de laquelle sentiments et subjectivité n'ont pas cours (si ce n'est à travers la caméra subjective de Falaï) et laisse aux scènes de cinéma, en l'occurrence ici synonymes de scènes de vie, la possibilité de nous émouvoir.
S'il fallait qualifier ce film par un seul adjectif, ce serai celui d''engagé', à tous les sens du terme. Bamako semble être pour Sissako un devoir, celui de parler de son peuple et à son peuple, celui de nous faire découvrir sa culture et ses souffrances, celui de rendre hommage à l'Afrique et de nous faire prendre conscience, à nous occidentaux, de la nécessité de s'engager et d'aider ce continent trop longtemps oublié et bafoué.