Le Pressentiment

Film français de Jean-Pierre Darroussin
D’après le roman éponyme d’Emmanuel Bove

Avec Jean-Pierre Darroussin, Valérie Stroh, Amandine Jannin, Anne Canovas, Nathalie Richard, Hippolyte Girardot


Semaine internationale de la critique Festival de Venise 2006


Par Esther Castagné
 
Sortie le 04-10-2006

Durée: 1h40

 

Crise existentielle

Charles Benesteau est un riche bourgeois qui n’a jamais eu à faire face au moindre problème identitaire. Ce n’est pas pour autant qu’il est heureux. A 50 ans, il décide de refaire sa vie. Il quitte tout : appartement, famille, travail, son confort en somme pour aller s’installer dans un quartier populaire de Paris et découvrir une nouvelle réalité. Mais pour quelle raison ?

Darroussin signe ici son premier film en tant que réalisateur. Il choisit d’adapter le roman d’Emmanuel Bove et de s’interroger avec lui sur notre incapacité à maîtriser notre existence.
Le héros du Pressentiment semble être perdu ; aux yeux de tous il est devenu fou. D’ailleurs un des personnages ne déclare-t-il pas à son propos – résumant par là à la fois le personnage et le film lui-même – : « il était quand même un peu spécial ». Et pourtant, alors qu’on a pu croire durant tout le film à une impulsion démente ou caractérielle du protagoniste, la fin suggère qu’il s’agissait bien d’un besoin profond, inconscient peut-être mais intuitif et prémonitoire.
Un pressentiment en somme, comme si chacun de nous agissait selon une ligne déjà tracée, qu’on ne réussit à comprendre, qu’on ne découvre qu’a posteriori. La réflexion sociale et existentielle que livre ici Darroussin est intéressante. Les acteurs sont bien choisis et incarnent des personnages hauts en couleur et parfois, et même souvent, forts antipathiques. Toutefois le caractère irritant de la plupart de ces personnages est toujours mis en scène avec une sorte de tendresse ironique ou de bienveillance moqueuse.
Darroussin ne juge pas, il présente, et nous laisse réfléchir.