Indigènes

Film français de Rachid Bouchareb

Avec Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Bernard Blancan


Prix d'interprétation masculine - Cannes 2006


Par Baptiste Jacomino
 
Sortie le 27-09-2006

Durée: 2h08

 

Thérapie nationale

Que ceux qui n'ont pas mis le nez dehors depuis six mois sachent que ce film parle de quatre maghrébins qui s'engagent dans les troupes de Libération. Ils n'obtiennent pas la reconnaissance qu'ils étaient en droit d'espérer, malgré leurs exploits.

Voilà donc un film qui aurait pu facilement tourner à l'expression d'un ressentiment. C'est une tentation dont Rachid Bouchareb a su se garder. Son film est au contraire tout entier consacré à la transmission de valeurs positives. Comme ne cesse de le répéter l'acteur et coproducteur d'Indigènes, Jamel Debbouze, il s'agissait de "donner des héros aux mômes". Les dialogues frôlent souvent le simplisme et l'artificialité. Les lieux communs ne manquent pas. C'est que l'objectif était ailleurs. Rachid Bouchareb a voulu émouvoir avant toute chose. Lui qui dit chercher à faire ses films avec un regard de spectateur sait faire pleurer, à force de "Marseillaise", de "C'est nous les africains", d'amours impossibles, et de morts insupportables.  Il est une séquence du film, quelque peu caricaturale, où l’on voit des soldats, issus de la paysannerie africaine, forcés d’assister à un spectacle de danse classique particulièrement crispé.  C’est ce spectacle, après, et plus encore que toutes les autres humiliations subies, qui fait craquer les soldats indigènes, et conduit à un mouvement de rébellion. Comme si Rachid Bouchareb voulait suggérer qu’il se méfie plus que tout de l’art esthétisant, sans message, sans valeurs, de l’art réservé à une caste, de l’art méprisant. Et c’est bien dans la direction inverse qu’il a conduit son film. Il vient dire à un public qui attendait ce message comme une urgence « vous êtes chez vous en France ; vos grands-pères ont libéré ce pays ». Cependant, tout entier voué à cette tâche de salubrité nationale, et à une esthétique anti-esthétisante, Indigènes laisse peu de place à la grâce, à la gratuité, à l’élégance, qui auraient pu faire de lui, outre un film nécessaire, un film inoubliable.
Nous avons longtemps envié aux américains leur capacité à produire des films-thérapies, à la limite du simplisme, mais efficaces et émouvants,  sur les trous noirs de leur histoire récente. Il semble que nous n’ayons plus à les envier.