Je vais bien, ne t'en fais pas

Film français de Philippe Lioret

Avec Mélanie Laurent, Kad Merrad, Julien Boisselier





Par Baptiste Jacomino
 
Sortie le 13-09-2006

Durée: 1h40

 

Eloge de la simplicité

Une jeune fille, après un voyage, apprend, en rentrant chez ses parents, que son frère jumeau a disparu. Il a fait une fugue, et on ne l’a pas revu. A l’image de cette intrigue très simple, les dialogues sont modestes, le cadrage timide. On est à la limite du téléfilm français traditionnel.

La forme est à l’image du sujet. Il est ici question de banlieue parisienne, de province grise, et d’une vie familiale aux apparences ordinaires. On ne tombe pas pour autant dans cette delectatio morosa, cette complaisance morbide, à laquelle une certaine tradition cinématographique française nous a habitués. Philippe Lioret entretient au contraire une ambivalence. La banlieue est à la fois un lieu aux limites du sordide, et le théâtre d’un héroïsme, d’un tragique, discret mais bouleversant - d’autant plus bouleversant qu’il est discret. La simplicité de la mise en scène crée une sorte d’effet de sourdine, révélant par contraste ce qu’il y a là de terrible et de beau. Lorsque vient éclater soudain aux oreilles la puissante musique rock, écrite par le frère disparu, elle se détache, superbe, sur le fond morose. Ce film est enrichi par un humour discret et fin. Les mouvements de caméra manifestent, à l’occasion, une ironie légère, modeste. Ils nous montrent, par exemple, quelques tours du 93, puis, au-dessous, les petits pavillons du quartier voisin. « Je vais bien, ne t’en fais pas » est donc un film qui n’a l’air de rien, et qui, malgré cela, et souvent grâce à cela, parvient à surprendre et à bouleverser. Les seconds rôles y sont nombreux, et toujours riches d’une complexité psychologique qui se déploie progressivement. Ces seconds rôles sont parfaitement servis, par un jeu simple, clair et volontiers contenu. Kad Merrad s’y révèle, en particulier, comme un acteur très juste, dans un rôle ambigu.