L'héritage

Film géorgien de Gela et Temur Babluani

Avec Sylvie Testud, Stanislas Mehrar, Olga Legrand, Pascal Bongard





Par Esther Castagné
 
Sortie le 20-09-2006

Durée: 1h20

 

Héritage tragique et impalpable

La grand-mère vient de mourir et cède à ses trois héritiers une propriété réduite à l’état de ruine en Géorgie. Ne parlant pas un mot de géorgien, l'un d'entre eux engage un interprète miteux, le vrai loser et tous partent vers le lieu de l’héritage. Un voyage de deux jours en bus avec des personnages hauts en couleurs va bouleverser leur vie et leur faire découvrir certaines "traditions" dramatiques de leur pays d’origine.

Timur et Gela Babluani signent ici un film initiatique qui permet de réfléchir sur les cultures et les origines qui nous constituent. De quelle histoire sommes-nous faits ? La réflexion menée par les deux frères sur ce monde dépourvu de toute modernité, qui vit replié sur lui-même où l'on s'entre-tue au nom de l’honneur et de l’équité est particulièrement intéressante car jamais elle ne verse dans le cliché ou le simplisme. Le comique sert ici à désamorcer la tragédie sans pour autant l’occulter ou l’amoindrir.
Les trois héritiers vont découvrir la civilisation de leurs ancêtres grâce à ce voyage qui aurait dû être un deuil et permettre d’apposer un point final. Si les réalisateurs dépeignent ce monde chaotique et déjanté avec autant d'amour que d'humour, il n’empêche qu’il est dommage que leur intrigue se perde en chemin. On peut y voir un choix de scénario, on peut également penser que le film a dû être excessivement coupé pour satisfaire les exploitants. L’absence de dénouement ou plutôt le dénouement anticipé rend les dernières scènes inutiles et décevantes. On attendrait une conclusion qui n’arrive pas et on ne peut s’empêcher de songer, tel l’inspecteur interprété par Jouvet dans Quai des Orfèvres : « on croit qu’on est tombés sur une bonne affaire et ça finit comme d’habitude en pipi d’chat » !