Jardins en automne

Film français de Otar Iosseliani

Avec Séverin Blanchet, Jacynthe Jacquet, Michel Piccoli


Nationalité: France-Italie-Russie


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 06-09-2006

Durée: 1h55

 

Coups de ballet au ministère

Dans cette hymne loufoque à la vie et à ses petits riens, Otar Iosseliani rempile avec l’ironie acerbe et jubilatoire qui imprégnait déjà ses films-fables précédents. Avec la légèreté en plus.

Le ministère est un lieu où l’on paraît, où l’on parade, où l’on parasite. C’est aussi un lieu où l’on valse. Où les humains s’agitent devant le regard flegmatique des murs et des animaux. Du spectateur aussi, mis constamment à distance de cette absurde mascarade. Jeu de chaises et de saynètes musicales, Jardins en automne est un film où les hommes et les objets tournent sans cesse, en un ballet décalé et grinçant qui agence avec autant de nonchalance que de virtuosité les tableaux. Tout y est savamment orchestré, composé, ciselé ; et en même temps, reste toujours quelque zone de flottement qui rend les êtres et les décors improbables, les mots inutiles, les faits et gestes grotesques.

Parabole sans paroles où les humains ne sont que pantins, rhapsodie burlesque où le clin d’oeil avoisine l’étrange, l’ironie l’absurde, la cocasserie la cacophonie, cette critique acide du monde politique est aussi, de la part du réalisateur géorgien, un hymne décalé et réjouissant à la vie. Car loin des ministères, la valse se fait ronde, et l’ambitieux déchu est condamné à la régression. Mais une régression ô combien salvatrice : c’est une régression vers l’enfance, vers le jeu, la nonchalance, le bon vivre, l’incongru. L’homme politique n’est pas qu’un politique, avide et sans scrupules ; c’est aussi un homme. Un homme qui, une fois délivré des tentations et prérogatives échues à sa fonction, sait retrouver les petits plaisirs simples de la vie. Le puissant devient musicien, troubadour, jouisseur, vagabond. Il redevient un amant, un ami, un fils (celui d’un Michel Piccoli hilarant en mère juive drolatique et espiègle – à la limite, le film vaudrait le coup pour ce seul pied de nez).

Du ministère à la rue, le ballet s’empare ainsi intégralement du film, qui sur la dernière demi-heure finit peut-être par tourner un peu trop à vide. Au prix de quelques longueurs. L’ensemble pourtant est tellement réjouissant qu’on se laissera entraîner dans la danse sans plus chercher de repère ni d’accroche. De quoi passer l’automne béat et le sourire aux lèvres.