Flandres

Film français de Bruno Dumont

Avec Adélaïde Leroux, Samuel Boidin, Henri Cretel, Jean-Marie Bruveart, Inge Decaestecker


Grand Prix du Festval de Cannes 2006


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-08-2006

Durée: 1h31

 

Ouh, la gadoue, la gadoue...

On a du mal à croire que la région Nord - Pas de Calais ait pu subventionner ce film sauf si la commission qui distribue la manne est infiltrée par un lobby provençal. En effet, quels avantages peut-elle espérer de cette vision sinistre des plaines du Nord, glaciales et pluvieuses, parsemées de fermes de parpaings gris surmontés de tôle ondulée, aux villages sans charme ? Dans ce décor à la Enki Bilal évoluent quelques humanoïdes des deux sexes, au vocabulaire réduit, qui copulent de temps en temps au fond des bois dégoulinants. Barbe, la bien nommée, baisse sa culotte alternativement pour ses deux amants partageurs et peu jaloux, version flandrienne de Jules et Jim, je suppose. Peut-être lassés par cette existence peu exaltante, cinq garçons du village se sont engagés pour une mystérieuse guerre coloniale et attendent leur incorporation entre deux averses et deux bières. L’armée vient généreusement les ramasser en camion au carrefour de deux départementales au lieu de les convoquer à la caserne de la ville, comme c’était l’usage il y a peu.

Les voici en pays arabe, doté d’un super équipement : casque de combat up to date, battle dress impeccable, armes high tech ... On imagine qu’ils ont dû subir un entraînement à la hauteur de leur matériel et qu’ils sont devenus des guerriers redoutables, bref, à eux l’Aventure. En fait, on leur confie une mission incertaine et ils partent dans le désert avec leur équipement du XXIè siècle montés sur des petits chevaux étiques qui évoquent plus les balades à ânes du Luxembourg que le commando d’Aventures en Birmanie. Ils rencontrent, évidemment, une population hostile et des résistants invisibles leur tirent dessus dans les villages dévastés. L’Armée semble avoir omis de leur enseigner l’art minimum du combat et ils se déplacent groupés, cible idéale qui va systématiquement s’abriter devant les murs, collés les uns aux autres, comme s’ils cherchaient à se faire flinguer au plus vite. Leur lieutenant est tué ce qui déclenche l’arrivée miraculeuse d’un hélicoptère qui vient, bizarrement, récupérer son cadavre mais pas les survivants. Bref, tout cela tourne mal et le peloton erre dans la région en tuant et en violant tout ce qui bouge. Un hardi montage alterné entrecoupe cette odyssée de retours en Flandre où la vie continue plus ou moins. Barbe se fait draguer par un type qui démontre l’absence cruelle de bons dentistes dans la région. Tiendra-t-elle jusqu’au retour de ses bien-aimés ? Oui mais, hélas, le pluriel est de trop : un seul a échappé à la vengeance de ce peuple injustement envahi et reviendra dans ses brumes natales. En retrouvant Barbe, il murmure : « Je t’aime ».

Ce film a obtenu le Grand Prix du Festival de Cannes.