Le vent se lève
The Wind that shakes the Barley

Film anglais de Ken Loach
Paul Laverty

Avec Cilian Murphy, Padraic Delaney, Liam Cunningham, Orla Fitzgerald


Palme d'Or Cannes 2006


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 23-08-2006

Durée: 2h04

 

Erreur de Palme ?

On peut s’étonner que le jury de Cannes ait choisi un des films les moins convaincants de ce jeune septuagénaire pour couronner son oeuvre alors que les occasions n’ont pas manqué, durant sa longue carrière, de récompenser le talent si particulier de ce cinéaste capable de dramatiser avec humour et émotion la vie quotidienne de ses héros. Ce qui étonne le plus dans Le vent se lève, c’est le manichéisme qui noie ce récit où les brutes anglaises s’acharnent sur d’angéliques Irlandais. Je ne doute pas que cet affrontement (encore mal éteint de nos jours) soit historiquement réel, mais je n’y retrouve pas la qualité essentielle des meilleurs films de Ken Loach, à savoir cette recherche d’une objectivité distanciée, ce refus de diviser le monde en bons et méchants qui caractérisaient le scénario de Just a Kiss, par exemple, et la volonté de ne pas donner de leçons. Ces violences simulées par des figurants rébarbatifs, ces tortures suggérées pour une caméra complaisante, ces acteurs déguisés, ces voitures et ces accessoires d’époque, tout cet arsenal factice nourrit le sentiment « d’être au cinéma », défaut que Ken Loach avait réussi généralement à effacer par son style proche du réalisme documentaire. Land of Freedom, consacré à la guerre d’Espagne, était décevant pour les mêmes raisons. La générosité du projet n’est pas en cause, mais Raining Stones ou My Name is Joe me paraissent bien mieux illustrer l’originalité de la "Loach" que cette grosse reconstitution historique qui évoque trop les téléfilms du genre  Brigades du Tigre. La fresque épique ne convient pas au miraculeux talent qui habite ce réalisateur lorsqu’il traite le quotidien des petites gens.