La raison du plus faible

Film belge de Lucas Belvaux

Avec Lucas Belvaux, Natacha Régnier, Patrick Descamps, Eric Caravaca, Gilbert Melki, Claude Semal


Sélection officielle Cannes 2006


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 19-07-2006

Durée: 1h30

 

Les Pigeons

J’attendais beaucoup de ce film de Lucas Belvaux pour avoir admiré sa brillante trilogie grenobloise.

Aujourd’hui, il réalise ce polar belge dont un des atouts repose sur le choix étonnant des participants du "coup" envisagé : deux retraités - dont un handicapé - des aciéries locales désormais fermées, un chômeur qui n’a pas les moyens d’offrir une nouvelle mobylette à sa femme, et "le cerveau" du projet, braqueur qui sort à peine de prison et pointe tous les soirs à la police après l’usine. La mise en place des personnages et de leurs motivations emporte l’adhésion : le ras-le-bol de ces laissés pour compte, les conflits familiaux, les hésitations de l’ex-taulard, tout cela est original, crédible et traité avec efficacité et humanité. Nous approchons l’humour tragique des personnages de I Soliti Ignoti (Le Pigeon) de Mario Monicelli.

Malheureusement, la fin de l’aventure de ces Pieds-Nickelés voit disparaître tout ce qui en faisait la saveur. "Le cerveau" se retire in extremis de l’opération et laisse la bande de clampins aller à l’abattoir. Puis, pris de remords, l’ex-braqueur se sacrifie en endossant toute la responsabilité d’un hold-up auquel il n’a pas participé, ce qui donne une incroyable fin où le "héros" va se faire mitrailler sur la terrasse de l’immeuble assiégé par la police. On sent que l’acteur Belvaux a dicté au scénariste Belvaux cette conclusion grandiloquente où le réalisateur Belvaux voudrait ranimer les grands films noirs qui voyaient George Raft, James Cagney ou Humphrey Bogart vendre chèrement leur peau dans la dernière bobine. Mais la banlieue de Liège n’est pas Chicago. Commencé comme un Ken Loach, le récit ne finit pas à la Dardenne, hélas. C’est d’autant plus dommage que ce film, plein de qualités et interprété par d’excellents comédiens, nous avait donné l’espoir d’une conclusion à la hauteur de son ouverture.