Volver
Volver

Film espagnol de Pedro Almodovar

Avec Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas


Cannes 2006 : Prix d'interprétation féminine à toutes les actrices. Prix du scénario.


Par Esther Castagné
 
Sortie le 19-05-2006

Durée: 2h01

 

Mères et filles – au-delà du bien, du mal et de la mort

Revenir d'où on n'est jamais parti. Telle est l'histoire du dernier film de Pedro Almodóvar: une mère, morte dans un incendie quatorze ans auparavant, revient d'entre les morts pour prendre soin des vivants et surtout de ses deux filles, abandonnées trop tôt et parfois incomprises.

Deux soeurs qui n'ont pas vraiment été élevées ensemble et ne se ressemblent guère : l'une, Raimunda, est une mère sensuelle et flamboyante. Une femme forte et fragile à la fois qui tient d'une main de maître son foyer, composé d'une adolescente gentiment rebelle et d'une épave de mari affalé devant la télé à longueur de journée, bière en main et pieds sur la table, mari dont, heureusement, on se débarrasse bien vite. L'autre, la timide et effacée Sole – diminutif de Soledad – est, comme son nom l'indique, réduite à la solitude depuis que son mari l'a quittée. Le décès de leur tante va bouleverser leurs vies. Sole, qui a peur des morts – et de la folie, qui guette tous les habitants de leur village natal, sujet au dévastant vent d'Est, – va être obligée d'affronter les fantômes du passé.

Ces fantômes, ces angoisses, ces traumatismes vont ressurgir et pouvoir enfin être exorcisés avec le retour de leur mère. La "revenante", vivante ou morte, peu importe au fond, s'impose à sa fille et s'installe avec elle. C'est leur secret que l'autre soeur, Raimunda, ne découvrira que plus tard.

Hallucination, superstition, croyance traditionnelle ou folklorique ? Qui peut le dire ? Almodóvar réussit magistralement à créer un univers fantomatique et fantasmagorique où la réalité peut aller jusqu'à l'incroyable, où monde des vivants et monde des morts – ou peut-être serait-il plus juste de dire des disparus – se mêlent. C'est un certain onirisme qui rend possible et plus que crédible cette absence de frontière, ce jeu constant entre la vie et la mort, le réel et l'imaginaire. Dans Volver tout est permis, même de croire en le plus irréalisable des rêves : celui de faire revenir sa mère, celle qu'on ne peut se résoudre à avoir perdue pour toujours.

Ce retour miraculeux qui nous est annoncé par l'impeccable travelling initial, de droite à gauche, et de fait hautement symbolique et annonciateur (lui-même relayé par le générique qui s'inscrit à l'envers) offre à Almodóvar une nouvelle occasion de rendre hommage aux femmes et notamment aux mères – et à sa mère. Parfaitement accompli sur le plan stylistique, Volver est également magistralement interprété : Carmen Maura, qui retrouve Almodóvar après dix-sept ans, incarne une mère fantôme à la fois curieusement concrète, tendrement matérielle et magiquement spectrale. La subtilité et l'authenticité de son jeu sont partagés par Penélope Cruz qui campe une mère méditerranéenne débordante de tendresse, troublante de sensualité populaire et impressionnante de courage et d'énergie (discret hommage aux actrices italiennes des années 60 et à la Magnani de Bellissima), ainsi que par l'ensemble des actrices – d'ailleurs récompensées à Cannes par un prix d'interprétation féminine collectif – parmi lesquelles une Sole drôle, maladroite et touchante.

La mise en scène est excellente et le côté folklorique de certaines scènes de même que le kitsch des décors donne au film une tonalité, un humour et une légèreté qui ne nuit en rien à l'intrigue, d'autant que Volver trouve son rythme dès les premiers instants, peut-être parce que le titre a été inspiré au cinéaste par une chanson populaire du même nom et que la musique occupe une place importante dans le film et dans la vie de ses protagonistes…