Chromophobia

Film anglais de Martha Fiennes

Avec Kristin Scott Thomas, Penélope Cruz, Ralph Fiennes


Festival de Cannes 2005 Sélection Officielle Hors Compétition


Par Cécile Brou
 
Sortie le 10-05-2006

Durée: 2h10

 

Décrépitude et faux semblants d'une famille bourgeoise londonienne

Voici en réalité un projet rare et ambitieux au scénario complexe qui est, de toute évidence, inspiré par la nouvelle vague des films indépendants américains. D'abord boudé par les producteurs anglais, le film dut attendre le regard hollywoodien de Ron Rotholz pour exister. 

Chromophobia n'est pas tant le récit de la désintégration d'une famille bourgeoise londonienne qu'une comédie dramatique à portée universelle. C'est un film qui pourrait aussi bien se dérouler de nos jours à Los Angeles, à New York, à Paris ou à Tokyo. Regard sur une société riche et influente mais aussi méditation incisive sur la vie moderne dans les grandes cités. Au programme, psychanalyse, chirurgie esthétique, thérapies sur mesure, yoga, adultère : autant de façons pour les hommes et les femmes d'aujourd'hui de combattre l'ennui et l'insatisfaction qui les rongent jour après jour. Ni loyauté, ni honnêteté, ni morale sont les maîtres mots. Martha Fiennes livre les portraits d'une famille anglaise moderne et contrastée telle qu'elle a rarement été dépeinte dans le cinéma contemporain. Son film traite de l'ironie, du drame et des dilemmes de cette vie moderne où l'on croit qu'il nous est possible de tout avoir.

C'est ainsi qu'Orlando, du haut de ses huit ans, tague le nom de son lapin sur les murs pour se faire remarquer ; Edward Aylesbury a un enfant illégitime avec son ex-maîtresse Gloria ; l'amitié est sacrifiée au nom du succès et de la célébrité lorsque Trent est obligé d'oublier ses idéaux de journaliste justicier et de pondre des papiers accrocheurs ; Penelope est la seule à avoir une relation vraiment affecteuse... avec ses chiens. Chacune de ces familles enfouit en réalité secrets et mensonges derrière les murs de sa maison, murs qui ne tardent pas à se fissurer et s'effondrer. Dans cette comédie noire finissent pas transparaîtrent de fausses valeurs : argent, beauté et succès.

Londres est ici vue comme une capitale du monde où les couches sociales cohabitent et se bousculent les unes contre les autres. Il n'y a ni bons ni mauvais, chacun possède sa propre légitimité. Véritable plan de coupe depuis les couches sociales aisées jusqu'aux bas-fonds du prolétariat, Chromophobia est le récit de la condition humaine. Aucun jugement n'est jamais porté sur quiconque. Ni stigmatisation ni condamnation de quoi que ce soit. Tous les personnages sont faillibles, ce qui permet au spectateur de rentrer dans l'histoire comme s'il s'agissait de la sienne. Chacun aura donc son histoire préférée et son personnage de prédilection. Chromophobia est un drame à caractère introspectif. C'est le récit d'un malaise, d'une phobie, que les personnages partagent : la phobie de vivre.