Le Passager de l'Eté

Film français de Florence Moncorgé - Gabin

Avec Catherine Frot, Grégori Derangère, Laura Smet, Mathilse Seigner, François Berléand





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-06-2006

Durée: 1h37

 

Seul contre toutes

Voici la première réalisation de Florence Moncorgé-Gabin, fille de Jean, après une longue carrière de scripte. On ne pouvait guère espérer de cette sympathique enfant de la balle l'impossible remise en question d'une grammaire cinématographique qu’elle était chargée de faire respecter durant sa vie professionnelle. La mise en images de son film est donc sage et maîtrisée « selon les règles ». L’intérêt de l’entreprise est ailleurs : Florence est à l’origine de ce scénario sensible, inspiré par ses souvenirs d’enfance à la campagne, avant la mécanisation intensive de l’agriculture, lorsqu’on poussait la charrue tirée par des chevaux et que l’on trayait les vaches à la main, lorsque les paysans ne s’appelaient pas encore agriculteurs. Les techniques ancestrales de cette époque encore toute proche étaient identiques à celles pratiquées depuis l’Antiquité par les travailleurs de la terre, de même que, finalement, les armées de Napoléon ne se déplaçaient pas plus vite que celles d’Alexandre le Grand. La course du Temps semblait immuable…

Monique, qui exploite toute seule sa ferme dans la région de la Hague, au bord de la mer, voit progressivement arriver la révolution mécanique dans l’agriculture. La guerre vient de finir, mais son mari, sans explication, n’est pas revenu au village. Monique héberge désormais sa belle-mère sans ressources et sa fille, Jeanne, qui est institutrice au village et ne participe pas aux travaux des champs. Dans cette société sans hommes arrive Joseph, ouvrier agricole et beau garçon, qui cherche du travail : Monique l’engage et apprécie vite sa compétence et son caractère égal. Peu à peu, son intérêt pour lui se transforme en désir inavoué. Le récit progresse davantage par des échanges de regards que par les dialogues. De son côté, Jeanne, qui a découvert l’illettrisme de Joseph, lui enseigne la lecture et l’écriture. Elle aussi est troublée par ce jeune homme silencieux. La pharmacienne, chaude luronne, tourne également autour de cet inaccessible Joseph. Quant au maire du pays, mâle vieillissant, il voit sans plaisir se développer l’attirance que suscite cet ouvrier agricole, avec ses conséquences sur la liaison discrète qu’il a établie avec Monique. Objet de désir pour toutes ces femmes esseulées, Joseph finira par céder à la mère puis à la fille, mais, incapable d’affronter un choix impossible, ce passager de l'été reprendra la route pour fuir son dilemme. Jeanne fera de même et ira travailler en ville. De leur brève union naîtra un garçon qui, devenu adulte - c’est lui qui raconte l’histoire -, reviendra voir cette ferme abandonnée pour tenter d’y retrouver les traces de ce père inconnu et disparu.

Ce joli récit pudique se déroule sous les cieux tourmentés du Cotentin captés par la caméra de Jean-François Robin, avec des comédiens qui pataugent courageusement dans la bouse et dans la boue. Mais le léger malaise déjà éprouvé avec Le temps des porte-plume de Daniel Duval rôde toujours autour des interprètes parisiens de ces films ruraux. Catherine Frot et Grégori Derangère restent assez crédibles en paysans frustes, mais François Berléand, malgré son talent, ses « tu l’as dit, mon gars » ou ses « p’têt’ ben qu’oui », a bien du mal à passer pour un cul-terreux normand tellement il reste connoté affairiste parisien dans des milieux louches. La limousine lui sied mieux que le tracteur, « ah ça, c’est sûr !»