Les Aiguilles Rouges

Film français de Jean-François Davy

Avec Jules Sitruk, Damien Jouillerot, Jonathan Demurger, Pierre Derenne





Par Cécile Brou
 
Sortie le 10-05-2006

Durée: 1h33

 

Septembre 1960. Indisciplinée, une patrouille de huits scouts, âgés de 12 à 16 ans, est envoyée en randonnée pendant trois jours escalader le massif du Brévent à titre punitif. Ils sont inexpérimentés et insouciants. La montagne, splendide, dévoile sa face sournoise et bientôt le piège se referme sur eux. La tension grimpe rapidement entre ces huit garçons que tout oppose : caractères, origines sociales, perspectives d'avenir. Bientôt perdus dans des gorges abruptes, les Aigles sont confrontés au froid, à la faim qui les tenaille autant qu'à la peur qui les gagne.

Avant Les Aiguilles Rouges, Jean-François Davy (producteur de La meilleure façon de marcher) n'avait pas réalisé de film depuis vingt-trois ans. En 1983, Ca va faire mal avait été un échec commercial. A cinquante ans, Jean-François Davy revient avec une jolie petite histoire autobiographique sans grande ambition. Les décors sont somptueux, la musique magistrale, les dialogues bien écrits et bien dits mais tout sonne faux dans ce film trop "polis" pour être honnête. On sourit avec "chocmol" ou "c'est dégueulbif !", le langage "années 60" des enfants de la France, mais aucun des jeunes acteurs ne nous transmet le dynamisme attendu et nécessaire à ce genre de voyage initiatique.

Seul Damien Jouillerot (souvenez-vous du rouquin violent et impulsif dans Les Choristes) semble avoir un véritable potentiel. Sa violence, beaucoup moins superficielle que dans le film précédent, est épileptique, imprévisible, souvent contenue là où on attendrait une explosion. Espérons seulement qu'on ne le cantonnera pas à ce rôle de brute ou de cancre. En réalité l'intérêt du film réside, comme c'est souvent le cas dans ces petites productions, en marge du récit. Les années 60, la Nouvelle Vague, de Gaulle, Bardot, les 400 Coups de Truffaut, c'est tout cela qui est évoqué dans le film, ainsi que les prémices de la révolte qui va éclater quelques années plus tard, en 68. A cette époque on est catholiques, scouts, écoliers turbulents. La guerre d'Algérie paraît lointaine et abstraite, comme celle d'Indochine, et toute conscience politique reste finalement très vague.

Mais le contexte des années 60 n'est qu'esquissé et très vite le convenu prend le dessus. L'ascension du massif devient la découverte de la différence, de la solidarité, de l'autre et de soi-même. Du déjà vu en somme.