April Snow
Oechul

Film coréen de Jin-ho Hur

Avec Bae Yong-joon, Son Ye-jin, Lim Sang-hyo, Kim Kwang-il





Par Cécile Brou
 
Sortie le 12-04-2006

Durée: 1h45

 

Après avoir appris que leurs époux respectifs avaient provoqué un accident de voiture, In-Su et Seo-youg découvrent que ceux-ci étaient amants. Déchirés entre l'amour et la colère, ils vont se rencontrer, s'aimer à leur tour et partager les mêmes peines.

"Entrer/sortir". C'est la traduction littérale du titre coréen, impossible à rendre en français, les deux termes s'opposant dans notre langue. Entrer dans la vérité et sortir d'un monde auquel on croit : ici faire confiance à son partenaire, à sa fidélité, pour entrer dans une nouvelle histoire d'amour. C'est ce dont nous parle "Neige d'Avril", titre anglophone ayant le mérite de rendre le paradoxe de l'expression coréenne. Alors que Christmas in August montrait l'emballement de l'amour à ses débuts et que One Fire Spring Day montrait la fin d'un amour qui semblait éternel, April Snow montre le lyrisme des liaisons. Face à la trahison, comment comprendre la colère qui survient alors ? Faut-il accepter la situation ? Le couple doit-il se détruire ? Hommes et femmes mariés, liaisons adultères, autant de thèmes que le film explore.

L'histoire se déroule sous nos yeux. Aussi apprend on avec les personnages à gérer les émotions qui nous submergent : la trahison, la confusion, le désespoir et l'amour. Un amour irrationnel et inconcevable qui surgit au moment où on s'y attend le moins. Un amour qui naît entre la vie et la mort, au milieu d'un hôpital. Les deux nouveaux amants sont hors temps et leur relation n'est rendue possible que par le sommeil quasi mortel de leur conjoints respectifs. C'est seulement hors du huis-clos, sans la présence des conjoints, que cet amour devient possible.

A la cruauté de la situation se mêlent alors poésie et douleur. Le regard de Hur Jin-ho se révèle sensible, intelligent et épuré : In-Su immobile, muet et absent lorsqu'il apprend l'accident de sa femme, In-Su qui pleure sans honte dans un bar, dans sa voiture ou sur son lit. Scènes qui contrastent violemment avec la dureté de certains passages, comme lorsque les deux jeunes gens doivent récupérer les affaires personnels de leurs conjoints, autant de preuves violentes et impudiques de leur infidélité (préservatifs, vidéos intimes...). C'est l'amour dans la trahison, la vie dans la mort, la pudeur et la beauté dans la cruauté et la laideur.

Tout comme Kim Ki-duk (Printemps, été, automne, hiver et printemps, Locataires), Hong Sang-soo (La femme est l'avenir de l'homme) et Im Sang-soo (Une femme coréenne), Hur Jin-ho s'inscrit tout droit dans la nouvelle vague coréenne. April Snow est un cinéma qui prend son temps et n'est pas sans rappeler l'intrigue amoureuse et la sensibilité d'In the Mood for Love de Wong Kar-Waï. Le cinéma asiatique n'a pas fini de nous bouleverser.