Cinéma, aspirines et vautours
Cinema, aspirinas e urubus

Film brésilien de Marcelo Gomes

Avec Peter Ketnath, Joao Miguel, Fabiana Pirro


Prix de l'Education Nationale Cannes 2005 et Prix Spécial du Jury et Prix d'Interprétation Masculine Festival de Rio 2005


Par Cécile Brou
 
Sortie le 19-04-2006

Durée: 1h39

 

Le film s'ouvre sur un écran de lumière blanche. Cette lumière devient la lumière estivale aveuglante du désert brésilien. Dans un petit camion, deux hommes avec des destins et des désirs complètement différents. Ils ne sont ni des héros ni des bandits. Ce sont des ratés.

Cinéma, Aspirines et Vautours se passe dans le contexte historique très particulier des années 40. La deuxième guerre mondiale ravage l'Europe. Au fin fond de l'aride Nordeste brésilien, Johann, jeune allemand qui fuit la guerre, et Ranulpho, brésilien qui cherche à échapper à la sécheresse oppressante de sa province, vont de village en village. Ils projettent un film publicitaire destiné à vendre un médicament miracle aux habitants qui découvrent ainsi la magie du cinéma. Leur voyage se poursuit sur les routes poussiéreuses de l'arrière pays archaïque en quête de nouveaux horizons de vie.

Premier long métrage de Marcelo Gomes, dont l'idée est partie d'une conversation avec son grand-oncle, Cinéma, Aspirines et Vautours relate les expériences de personnages qui décident de chercher l'aventure et en assument les risques, risques déterminants pour la suite de leur vie. L'élément moteur de ce film est le désir de vivre : un désir profond malgré les problèmes politiques et sociaux qu'ils doivent affronter. Face à la dureté de la guerre, les personnages cherchent les meileures solutions pour accomplir leurs rêves. Ranulpho fait partie de ces millions de réfugiés, chassés du Nordest par la sécheresse, qui partent travailler en Amazonie. Johann, lui, ne veut pas entendre parler de la guerre, d'autant plus que depuis que le Brésil l'a déclaré à l'Allemagne il devient l'ennemi.

Mais la véritable réussite de ce road-movie initiatique n'est pas tant la rencontre et le parcours des deux étrangers que la mise en abyme du cinéma à travers des spots publicitaires pour aspirines. La vraie rencontre s'opère en vérité entre des habitants du désert loins de toute réalité (commerciale comme guerrière), et un drap blanc tendu entre deux arbres sur la minuscule place des villages fantômes. Ils faut les voir s'émerveiller de la machine à illusions et acheter de l'aspirine uniquement pour revoir les petits films dont les contenus contrastent tant avec leur quotidien (soirées mondaines et frénésie de la ville). Et si des vautours, menaçante ombre nazie, envahissent peu à peu le Brésil, le refus de la guerre s'exprime plus en réalité à travers cet écran de lumière que par la fuite de Johann : tant que l'art perdure, on est à l'abri de la barbarie.