Klimt

Film français de Raoul Ruiz

Avec John Malkovitch, Veronika Ferres





Par Laurence Bonnecarrère
 
Sortie le 26-04-2006

 

Une ronde viennoise guettée par le manièrisme

Le cinéma de Raul Ruiz est trop précieux pour laisser quiconque indifférent. Consacré à Klimt, cet étrange biopic en forme de valse viennoise séduira peut-être les esthètes, mais donne surtout le tournis, sans emporter vraiment l’adhésion.

Le film s’efforce de nous plonger dans la vision originaire des artistes du tournant de siècle viennois. Sur fond d’allégories expressionnistes et de décors hautement stylisés, Raul Ruiz conduit une flânerie poético érotique percée de bouffées délirantes et de réminiscences ultra subjectives. La palette ocre et mordorée est bien celle de Klimt, les fantasmes érotico subversifs et les débats esthétiques sont ceux de toute une époque qui entrecroise les destinées des peintres (Shiele, Kokoschka), de philosophes (Wittgenstein), musiciens, (Mahler), de mécènes plus ou moins dévoyés, ou encore du grand Méliès. Lorsque le film débute, Klimt est mourant dans un hôpital viennois ; le scénario en cercles concentriques nous conduit progressivement dans les arcanes du psychisme de cet homme à l’agonie. Une cavalcade de plans syncopés nous entraîne dans une ronde qui ne nous apprend pas grand chose sur le peintre, mais qui nous donne un aperçu intime de son vécu. Ici, les jeunes femmes ne sont des formes précieuses qu’on brosse et qu’on effeuille, des modèles plantureux se balancent sur de ravissants trapèzes stylisés, une nombreuse progéniture égarée se manifeste inopinément tandis la mère et la s½ur du peintre s’abandonnent à un saisissant concours d’hystérie. Côté c½ur, la sublime Léa se démultiplie puis semble basculer de l’autre côté d’on ne sait quel miroir sans tain. L’écriture élégante de Ruiz est certes à la hauteur de son ambitieux projet, les costumes et les décors sont d’une somptuosité sans égal. Cependant le film pèche par ses outrances et ses partis pris anecdotiques. Que retenir de cet écheveau opaque d’intermèdes hallucinés sans suite ni raison? Malkovitch cabotine modérément mais ses petites mimiques nous laissent étrangement sceptiques, et la langue qu’il parle prive d’emblée son personnage de toute crédibilité.