Inside Man

Film français de Spike Lee

Avec Clive Owen, Denzel Washington, Jodie Foster, Willem Dafoe, Christopher Plummer





Par Christophe Litwin
 
Sortie le 12-04-2006

Durée: 2h10

 

Le crime était presque parfait… le film l’était moins.

Premier polar de Spike Lee, Inside Man a su attirer une pléthore de stars autour d’un scénario assez bien ficelé. Un hold-up parfait, orchestré par le personnage arrogant de Clive Owen, dont Denzel Washington essaie de recomposer le puzzle. Le casse a manifestement deux originalités : les criminels affublent les otages de leur propre costume pour se rendre indiscernables ; l’objet du casse n’est peut-être pas l’argent, mais un document révélant le passé trouble du président de la banque (C. Plummer alias celui qu’on doit… plumer), et dont ce dernier charge Jodie Foster, en intermédiaire dominatrice et cynique, de tout mettre en œuvre pour préserver le secret.

D’emblée le film se présente comme une mise au défi du spectateur : voit-il bien ce qu’il voit ? Ne manque-t-il pas au détour divers indices essentiels ? Va-t-il se laisser berner lui aussi ? Spike Lee avait manifestement l’intention de réaliser une sorte de Usual Suspects à lui. Il n’y parvient cependant pas. Pour plusieurs raisons…

D’abord peut-être parce que Spike Lee mêle à l’intrigue principale des dialogues un peu potaches et tout un tas de lieux communs sur les mélanges ethniques à New York, qui tendent à diluer un peu l’intensité du suspense, à faire perdre de vue le nerf de l’action.

Ensuite parce que l’ensemble est un peu alourdi par une idéologie un peu démagogue qui affaiblit la fascination pour le crime : le flic et le cambrioleur ne sont pas les méchants… c’est bien sûr au fond le banquier. Mais celui-là n’a pas su manigancer grand-chose, c’est un petit joueur, fort peureux. En refusant de donner plus d’obscurité à ses personnages, Spike Lee leur a fait perdre en opacité (à l’exception peut-être du personnage de Jodie Foster). Il manque cette dimension surréelle du criminel, d’un Kayser Sauzée, capable de détourner l’attention du spectateur de ce qui est immédiatement sous ses yeux.

Enfin, et surtout, parce que le défi lancé au spectateur est trop inégal : on est bombardé d’images, de dialogues que nous sommes censés examiner en tous sens, mais en même temps, bien des rebondissements (notamment celui du dénouement), reposent sur un deus ex machina. Certes, on n’avait pas tout compris tout de suite, le casse est un travail de virtuose assez original, mais à aucun moment on n’aura été mystifié comme on nous avait annoncé qu’on le serait – n’ayant jamais eu finalement toutes les cartes en main.