Inside Man

Film américain de Spike Lee

Avec Denzel Washington, Clive Owen, Jodie Foster, Christopher Plummer, Willem Dafoe, Chiwetel Ejiofor





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-04-2006

Durée: 2h10

 

Gewirtz très mineur

Spike Lee nous propose un divertissement policier loin de ses pistes politiques et polémiques traditionnelles puisqu’il s’agit de la classique prise d’otages lors du hold-up d’une banque, suivie du bouclage du quartier par les forces de police et l’inévitable invasion des divers medias. Petite originalité, le superflic du scénario est Denzel Washington à la place de l’habituel Bruce Willis : c’est la Spike Lee’s touch.

Depuis le succès de Dog Day Afternoon, on a vu refleurir ce schéma maintes fois, bon an, mal an. Le jeune scénariste Russel Gerwitz – dont c’est le premier film - ne s’est guère acharné à éclairer les nombreuses zones d’ombre de son récit. Comment les braqueurs ont-ils connu l’existence d’un éventuel trésor caché dans la banque ? Quelle est l’activité professionnelle exacte de l’énigmatique médiatrice Jodie Foster ? D’où viennent son impunité et son pouvoir ? Et, surtout, le scénario a-t-il vraiment besoin de ce personnage ? Il semble que la cohorte des divers flics présents devrait suffire à résoudre l’histoire. Quant à l’invraisemblable conclusion destinée à justifier finalement le braquage pour des raisons historico-fumeuses, elle laisse sceptique.

Mais il y a quand même une bonne idée dans cette Nième version : les cinquante otages sont forcés de se déguiser comme les quatre braqueurs et ils vont tous sortir ensemble, ce qui va compliquer sérieusement l’identification des méchants dans la foule des bons. Par contre, cette trouvaille a dû compliquer le casting du chef de gang car on ne risque pas de demander un autographe à Clive Owen si on le croise dans la rue : cagoulé, nanti de lunettes noires et la voix étouffée par un masque, il pouvait envoyer la doublure lumière tourner à sa place ! Je suppose que le malheureux a dû se rouler par terre pour obtenir les deux gros plans à visage découvert qui ouvrent et ferment le film. (Cela évoque la première de La Planète des Singes où, mise à part celle de Charlton Heston, toutes les familles des comédiens simiesques cherchaient qui jouait qui sur l’écran.)

On retrouve dans la réalisation, qui a les moyens de ses ambitions, la marque de Spike Lee, mélange de tape à l’½il, de virtuosité brillante et d’efficacité. Mais une bizarre construction parsème le cours du récit d’interrogatoires qui n’auront lieu, évidemment, qu’après la sortie des otages. Ces évocations en flashes-forward désamorcent le suspense en nous informant trop tôt sur l’issue de l’aventure et le sort des prisonniers. On peut surtout regretter que le film soit écrasé par un orchestre pachydermique qui ne lâche pas l’image une minute. C’est d’autant plus surprenant qu’un générique brillant laissait espérer, au contraire, un mariage réussi entre l’image et la musique. Mais, on le sait, toutes les décisions incombent au réalisateur : n’incriminons donc pas le musicien qui a fait là où on lui a demandé de faire, je suppose.