Bénarès

Film français de Barlen Pyamootoo

Avec Davidsen Kamanah, Sandra Faro, Kristeven Mootien, Vanessa Li Lun Yuk





Par Cécile Brou
 
Sortie le 29-03-2006

Durée: 1h20

 

Quelque part dans le Sud de l'île Maurice, Bénarès. Mayi et Nad, deux jeunes amis, quittent ce village minuscule pour Port-Louis à la recherche de deux femmes qu'ils veulent ramener chez eux pour la nuit. Un vieux chauffeur et ami les y emmène dans son pick-up. Le film ne nous mènera pas plus loin que cet aller/retour : Bénarès est un road movie sensible où la parole des quatre jeunes gens se libère au fur et à mesure que la route se déploie devant eux. Voyage poétique, voyage initiatique rythmé par la musique de jazz d'Ernest Wiehe.

Premier film d'un réalisateur mauricien interprété par des comédiens mauriciens et tourné en créole, Bénarès est une odyssée à travers les terres méconnues de l'île Maurice, ses petites boutiques, ses villages fantômes et ses champs de canne à sucre. A l'arrière du vieux pick-up, Mayi, Nad et leurs deux "invitées" rapprochent leur corps, perdus dans l'immensité des espaces et des paysages filmés. Dans la moiteur de l'été, ils en viennent à parler d'amour et de mort, de passé et d'avenir, lorsqu'ils évoquent l'autre Bénarès, cette ville sacrée en Inde où les Hindous vont mourir pour gagner leur place au paradis.

Deux villes dont l'une nous est présentée au début et à la fin du voyage et dont l'autre reste invisible à nos yeux. Tout le film tourne pourtant autour de cette évocation. Mais dans l'une on y vient pour mourir et dans l'autre pour jouir. Alors que la Bénarès sacrée est une ville de mort, la Bénarès des quatre jeunes gens se révèle la ville de l'amour. Ce minuscule village n'en reste pas moins un témoin du passé et un héritage pour les jeunes générations de l'île. Passé clairement incarné par Jimi, le vieux chauffeur du pick-up qui s'improvise conteur pendant le long voyage du retour. Par lui se fait la transmission de l'histoire de l'île, sous le regard attentif de ses passagers.

Film sensible, tout en légèreté et étonnament bien interprété, Bénarès se laisse regarder au rythme du créole, de la route et du vent de la mer, jamais très loin. On espère découvrir encore maints autres horizons mauriciens sous l'oeil de Pyamootoo...