Le Fataliste

Film portugais de João Botelho
Adaptation du roman de Diderot: Jacques le fataliste

Avec Rogério Samora, Andre Gomes, Rita Blanco, Suzanna Borges


Sélections officielles (Festival de Toronto, Festival de Venise 2005 (en compétition), Festival de Séville)


Par Christophe Litwin
 

Durée: 1h39

 

Du chemin à faire...

« Quand on est arrivé au genou, il y a peu de chemin à faire.
- Mon maître, Denise avait la cuisse plus longue qu’une autre ».
Diderot, Jacques le fataliste.

Du chemin, il y en a, pour bien adapter Jacques le fataliste au cinéma. Malgré une transposition contemporaine de l’action (Jacques est le chauffeur de son patron, sur des routes portugaises, on ne sait trop où, et qu’importe d’ailleurs ?), Botlelho a souhaité ici autant que possible préserver la structure heurtée, saccadée, diffuse des divers contes et récits de l’anti-roman de Diderot. C’est avant tout cette fidélité à la chronologie et aux structures diégétiques complexes de l'oeuvre du philosophe qui conserve au film un peu à la fois de la frustration et du joyeux ludisme libertin qui caractérisent le premier. Hélas ! Les choses tournent rapidement à l’agacement, puis à l’ennui. En effet, Jacques était un roman qui jouait de part en part sur les artifices de la consommation et de la fabrication de récits, révélant une originalité, au-delà de sa structure hachée, par sa maîtrise virtuose des techniques narratives. C’est proprement ce jeu sur chaque récit, les rouages de sa construction, qui parvient à la fois à constamment (res)susciter l’intérêt, le désir du lecteur, en même temps que le frustrer.

Or, Botelho ne parvient pas à questionner les genres cinématographiques, comme Diderot le roman et le conte. Consommation de romans : on pouvait les poser, s’arrêter, faire autre chose, comme Jacques et son maître, puis reprendre le fil de la lecture, exactement comme le narrateur joue de son côté. Au cinéma, en attendant la vidéo, on ne peut pas… sauf à s’endormir… La fidélité de Botelho à l’oeuvre, à l’inverse d’un Bresson qui s’était inspiré de l’unique partie à peu près continue du roman*, devait l’amener à questionner les techniques de son art, à la manière d’un Peter Greenaway. C’est éludé. Il faudra comparer cela avec l’adaptation par M. Winterbottom du roman qui avait inspiré Jacques : Tristram Shandy.

* L’histoire de Mme de la Pommeraye, adaptée dans Les dames du Boulogne.