Congo River

Film belge de Thierry Michel
Documentaire

Avec Lye Mudaba Yoka, Thierry Michel, Olivier Cheysson





Par Cécile Brou
 
Sortie le 05-04-2006

Durée: 1h56

 

Road movie au-delà des ténèbres. Avec ce sixième film sur le Congo, Thierry Michel choisit de quitter l'univers urbain des grands centres politiques et économiques de Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi. Congo River nous plonge dans le coeur sauvage du pays, dans une Afrique intemporelle. Après maintes tragédies telles que la traite négrière, la domination coloniale, les dictatures et les guerres, le Congo se recompose. Ruiné, le pays redevient la "terra incognita" des explorateurs d'autrefois, terre qu'il faut redécouvrir, réinventer et recommencer à aimer. Ni film journalistique, ni film didactique, Congo River est plus qu'un poème cinématographique, c'est un itinéraire symbolique.

Le film s'ouvre sur les images de Stanley et Livingstone, deux explorateurs qui initieront la colonisation du Congo. L'histoire de ce pays commence donc par une quête et Thierry Michel se propose de la prolonger, de l'embouchure aux sources du fleuve. Son recours aux nombreuses images d'archives de Belgique, tournées pendant la période coloniale, est comme une mise en abyme de l'histoire du pays. "Mémoire du fleuve".

Seul moyen de communication, le fleuve est la colonne vertébrale du pays. Frontière naturelle, il est surtout facteur d'unité géographique et historique. Sa légende nous est contée par un vieillard congolais. Un serpent sorti de sous terre s'est traîné sur la terre en formant de gigantesques lacets jusqu'à la mer, où il s'est jeté. Le fleuve Congo était né. A bord d'un "village flottant" où plus de 300 personnes ont embarqué, nous descendons avec eux ce serpent tantôt gris, tantôt rouge, tantôt docile, tantôt perfide. Véritable "Arche de Noé" à la merci du fleuve.

Nous croisons à Yangambi un professeur, dernier gardien d'une université agronomique fantôme. Dans des armoires et des tiroirs dorment la faune et la flore du Congo, abandonnées à la poussière. A Gbadolite et Mbandaka les somptueux palais de Mobutu sont en ruine, orgueilleux éléphants blancs devenus monstres. Ailleurs on tente, sur les traces des colons, de reconstruire la voie ferrée, à l'abandon depuis quinze ans, afin que puissent circuler de nouveau les "bateaux de feu". Dans les mines de Tshinkolobwe enfin, les enfants sont payés 40 centimes d'euro.

Dernière escale : la cathédrale de Kisangani. Le religieux habite le film, il le rythme. Il n'est pas seulement recueillement, il est aussi festivités, chants et énergie, même si celle-ci se transforme parfois en larmes et en transes. La musique de Lokua Kanza, en mélangeant rythmes et voix traditionnelles, prolonge la dramaturgie du film. Elle est à la fois l'écho d'une mythologie des origines, des tragédies contemporaines et d'un message pour l'avenir. Dans la pénombre de la cathédrale on célèbre Pâques, et au rythme des voix, la renaissance du Congo.