Girls in America
On the Outs

Film américain de Michael Skolnik
Réalisé en collaboration avec Lori Silverbush

Avec Anny Mariano, Judy Marte, Paola Mendoza, Dominic Colon, Flaco Navaja, Danny Rivera


Prix du jury Deauville 2005


Par Morgane Perrolier
 
Sortie le 08-03-2006

Durée: 1h26

 

Addictions

« Sometimes, I feel like a motherless child… »Ecran noir. Une voix rauque entonne a capella les premières notes du fameux negro spiritual. Un breakbit sourd vient accompagner le ton mélancolique de la chanteuse, alors que se succèdent les images d’un quartier de New York, Jersey City. Une voix, quelques paroles, qui résument à elles seules Girls in America : une histoire de femmes (Oz, Marisol et Suzette), parabole triste et poétique sur les difficultés de la maternité.

Girls in America évoque les destins croisés de trois solitudes ; trois familles, toujours des femmes seules, des pères absents. Les hommes ne sont que des géniteurs passagers ; les mères esseulées peinent à assumer leurs responsabilités. Et par un mimétisme cruel, leurs filles reproduisent le schéma parental ; cercles vicieux impossibles à briser. Suzette, quinze ans, se laisse séduire par un gangsta, une des seules figures masculines du film ; très vite, elle attend un enfant de lui et par sa faute, échoue dans un centre de détention pour mineurs. Marisol, jeune junkie, est déjà mère d’une petite fille, dont le père est parti. « Il m’a engrossé, c’est tout », dit-elle simplement. Oz est la seule des trois adolescentes à refuser cette forme de déterminisme qui conduit les femmes à la solitude. Seule à refuser les codes qui feraient d’elle un être faible, une proie facile: vêtue comme un garçon, coiffée comme un garçon, Oz deale, mais sans jamais toucher à ce qu’elle vend. Elle s’occupe avec amour de son frère, et semble porter le poids du monde sur ses épaules. La seule qui résiste ; la seule qui, finalement, refuse d’être une femme. « J’ai dix-sept ans, j’ai pas à supporter ça » lance-t-elle un jour à sa mère, alors qu’elle la retrouve hébétée, errant dans un parc à la recherche d’une dose de crack. Quelques minutes plus tard, elle est assise sur le rebord d’un trottoir, tremblante, et n’arrive plus à se relever. « Je pète les plombs ». Panique, puis ultime prise de conscience : en acceptant de fournir des filles paumées à l’image de sa mère, Oz rentre indirectement dans la spirale qui conduit les familles comme la sienne au malheur ; elle devient un des maillons de la chaîne. Finalement, il ne suffisait pas d’être « clean ».

Peinture plus ou moins réaliste des black suburbs new-yorkais, Girls in America n’est pas exempt d’un certain nombre de clichés et peine à offrir une vision réellement novatrice de la condition féminine dans les quartiers pauvres des métropoles américaines. Sans doute le film pâtit-il d’un scénario un peu simpliste et d’une mise en scène proche du téléfilm (trop nombreux plans de transitions sur la ville, montage manquant de dynamisme…). Cependant, servi par le jeu de ses actrices, le film a le mérite de n’émettre sur les personnages aucun jugement moral. Il n’y pas, en somme, de « responsables » et de « victimes » : juste des êtres humains, tous victimes d’une souffrance intime et profonde.