Le Temps des Porte-Plume

Film français de Daniel Duval

Avec Anne Brochet, Jean-Paul Rouve, Annie Girardot, Raphaël Katz, Lorànt Deutsch, Denis Podalydès





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-03-2006

Durée: 1h 34

 

Les Malheurs de Pippo

Daniel Duval vient de réaliser son sixième film depuis Le Voyage d’Amélie(1974), qui lui avait valu d’être le premier cinéaste à être admis à la Villa Médicis ainsi qu'un Prix de Rome du cinéma. Ce début brillant n’a pas déclenché une carrière commerciale abondante car ce jeune réalisateur ne faisait que les films qu’il désirait faire, sur des scenarii dont il était l’auteur, et dont la caractéristique commune était de peindre des paumés, des marginaux ou des exclus maltraités par la vie, projet qui n’emballe ni les producteurs de films populaires, ni les chaînes qui veulent occuper le prime time en alléchant les annonceurs publicitaires. Heureusement le physique viril et tourmenté de Daniel Duval l'a aidé à interpréter de nombreux rôles de salauds ou de proxénètes antipathiques qui lui ont permis, depuis trois décennies, de « tenir le coup » entre ses rares films.

Le temps des porte-plume reste dans la continuité de l’oeuvre de ce réalisateur. Inspiré par sa propre enfance, il dépeint les tourments d’un petit garçon, Pippo, retiré à ses parents et placé dans une famille d’accueil à la campagne. Honnête, Daniel Duval n’a pas voulu dramatiser cette autobiographie à outrance et Pippo ne rejoindra pas le club des Cosette, Sophie, Oliver Twist, Poil de Carotte et autres martyrs célèbres de la littérature... Il fait beau, c’est l’été, le temps des moissons et des vacances, la petite voisine est mignonne et le couple qui a recueilli le garçonnet, s’il est peu bavard, reste plutôt sympathique. Les choses vont se gâter à la rentrée quand Pippo doit subir la férule d’un instituteur psychorigide qui découvre qu’il triche en classe, explication de ses bonnes notes. (Que celui qui n’a jamais pompé lève le doigt !) Après cette crise passagère, la famille d’accueil se montrera compréhensive devant ces enfantillages et le cours des choses s’apaisera.

On voit que les malheurs de Pippo sont assez conformes à ceux de tous les enfants, y compris quand ils ne sont pas séparés de leur famille. C’est peut-être cette absence voulue de dramatisation, due à la fidélité aux souvenirs d’enfance, qui installe une certaine mollesse dans ce scénario qui refuse de jouer la carte du mélodrame. Autre point souvent délicat: l’interprétation des films « campagnards » joués par des comédiens parisiens. A part « Farrebique » de Georges Rouquier (1946), expérience unique d’une chronique familiale incarnée par de véritables paysans, l‘authenticité rurale est rarement la qualité dominante de films, par ailleurs estimables, comme Goupi Mains Rouges, Jeux interdits, ou Le grand chemin. Daniel Duval est parvenu à limiter efficacement les artifices du rôle de composition chez ses acteurs principaux, Anne Brochet et Jean-Paul Rouve. Et il a trouvé dans le jeune Raphaël Katz la fraîcheur et la spontanéité qui réincarnent joliment le petit garçon qu’il devait être.