Falling into Paradise

Film serbe de Milos Radovic

Avec Lazar Ristovski, Branka Katic, Simon Lyndon





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 22-02-2006

Durée: 1h34

 

Humour slave

Lorsqu’on voit un o.f.n.i. exotique comme ce film serbe, on savoure combien le cinéma peut parfois ouvrir des fenêtres sur d’autres mentalités et d’autres sensibilités, ce qui était un de ses principaux intérêts avant que le rouleau compresseur de la production mondiale (tous continents confondus, Europe, Asie, Amérique) n’écrasent le spectateur sous les produits standardisés qui débarquent chaque mercredi.

L’action de Falling into Paradise se déroule à Belgrade, en 1999, sous les bombardements des forces de l’OTAN (c'est-à-dire, nous) dont les rockets, une fois de plus, veulent imposer le Bien contre les forces du Mal. Mais cette fois-ci, nous ne sommes pas dans un lointain pays peuplé de vagues Arabes vociférants, mais en pleine Europe, à deux heures de vol de Paris. Les Belgradois (diens ?) tentent, tant bien que mal, de s’accommoder de ces raids nocturnes et la jeune Dusha, qui n’a guère de rancune contre ces aviateurs, va même jusqu’à étaler un immense drap blanc décoré d’un c½ur rouge, au milieu duquel elle s’exhibe en bikini sur la terrasse de sa maison, dans l’espoir qu’un pilote américain la repèrera et l’emmènera avec lui aux USA. Ce n’est pas du goût de son frère aîné, Lubi, roi du marché noir et des trafics louches, qui a une fibre patriotique plus développée : il bricole un lance-missiles et arrive à abattre un bombardier dont le navigateur atterrit sur la terrasse en parachute. Eperdue d’amour, Dusha le baptise illico « Bobby » car elle trouve qu’il ressemble à Robert Redford. Commence pour ce trio improbable, flanqué de la vieille mère, des péripéties diverses que je vous laisse le plaisir de découvrir.

Un cynisme désabusé est le principal intérêt de ce scénario. Les personnages ne réagissent jamais selon les normes de la morale habituelle et on pressent que Dusha ne risquera pas d’être tondue à la fin du conflit pour collaboration. Milos Radovic a choisi la voie difficile de l’humour pour décrire la guerre civile qui a démantelé la Yougoslavie de Tito en occasionnant les malheurs que l’on sait. Ce n’est pas chose aisée de tenter de faire rire avec un pareil sujet, mais le fatalisme serbe, le délire permanent du récit et le comportement cartoonesque des personnages parviennent à contourner cet écueil, d’autant plus facilement que le message politique reste « correct »  in fine puisque tout ce petit monde se mettra d’accord pour tenter de faire sauter Milosevic dans un attentat foireux.