L'Ivresse du pouvoir

Film français de Claude Chabrol

Avec Isabelle Huppert, François Berléand, Patrick Bruel, Robin Renucci, Maryline Canto, Thomas Chabrol, J.-F. Balmer





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 22-02-2006

Durée: 1h50

 

Quelle affaire !

Une fois de plus inspiré par les turpitudes des classes dirigeantes, Claude Chabrol nous propose une plongée dans le marais des scandales politico-financiers qui ne font même plus la « une » des journaux tant ils sont monnaie courante dans notre République. A l’inverse des films d’investigation américains comme All the President’s Men qui s’appuyaient sur des fait et des personnages réels et développaient une enquête qui aboutissait à la punition des coupables, L’Ivresse du pouvoir, est présenté comme une pure fiction imaginaire mais où tout évoque, « fortuitement » mais clairement, les trafics d’influence qui se succèdent depuis des années : le scandale Elf, les frégates de Taïwan, Bernard Tapie, Roland Dumas, le Floch-Prigent et autres, harcelés par les juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, sont les éléments de cette histoire acide et noire. Malicieusement, Chabrol leur a donné des pseudonymes transparents et on ne sait plus si François Berléand ressemble à Loïc le Floch-Prigent ou si c’est l’inverse.

Ce qui intéresse Chabrol c’est moins la découverte d’un coupable que la lutte des classes (sociales, familiales ou professionnelles) entre elles et l’ivresse que donne le pouvoir du fort sur le faible, qu’il appartienne au monde de la politique ou de la magistrature. A ce jeu cruel, il y a toujours plus puissant que vous et tout le monde y laissera des plumes. Soutenu par d’excellents interprètes, dont une Isabelle Huppert glaçante d’inhumanité et de cynisme, le scénario enchaîne une longue suite d’interrogatoires humiliants, d’appels téléphoniques, et de perquisitions qui lui font frôler dangereusement le téléfilm, mais dont la pirouette finale -« Qu’ils se démerdent ! »- récupère l’esprit chabrolien. La réalisation évoque plus les préoccupations de Depardon que celles d’Hitchcock mais, en l’occurrence, ce serait plutôt une qualité.