Le chien jaune de Mongolie

Film mongol de Byambasuren Davaa

Avec Urjindorj Batchuluun, Daramdadi Batchuluun, Nansa Batchuluun





Par Anaïs Jurkiewicz-Renevier
 
Sortie le 01-02-2006

Durée: 1h33

 

On ne joue pas avec Dieu

Le Chien jaune de Mongolie, c’est avant tout une légende. Une légende qui se mêle à une réalité éloignée. Nansa, six ans, aînée d’une famille de nomades du Nord de la Mongolie trouve un chien dans une grotte. Dans un temps où les populations itinérantes quittent les prairies pour tenter leur chance en ville, où les chiens abandonnés s’allient aux loups pour dévorer les troupeaux, son père pense qu’il va leur apporter quelque malheur. Il lui demande de s’en séparer. Alliant beauté des paysages et petits événements quotidiens, Byambasuren Davaa témoigne d’un monde en transition, partagé entre modernisme et culture traditionnelle.

C’est avec un réalisme troublant que la réalisatrice met en scène une véritable famille de nomades, jouant ainsi sur les limites entre documentaire et fiction, allant même jusqu’à dépasser le clivage entre ces deux modes cinématographiques. Le chien, la légende sont des prétextes, amenant à réfléchir sur des sujets d’actualité, soutenue par une mise en scène de paysages d’une beauté étourdissante, à travers des plans d’ensemble à symbolique forte. On peut reprocher à Byambasuren Davaa de ne pas utiliser assez de focales courtes, mais ses choix de cadrage permettent de poser un regard humain sur l’immensité de cette nature préservée. L’ordinaire est également présent, avec une touche d’humour pétillant. Et si le petit frère joue avec une représentation de Bouddha et que sa s½ur lui dit d’un air coquin « on ne joue pas avec Dieu », la religion bouddhiste est abordée  dans ce chef d’½uvre avec sérieux. Ces sujets sont donc traités sur un ton léger qui rend accessible à tous, mêmes aux plus petits, une culture peu connue. Le parcours initiatique de Nansa devient alors une leçon de sagesse qui nous offre le moyen de voir le pays des yourtes sous un nouvel angle, tel le proverbe mongol « Il n’y a que le ciel qui voit le dos d’un épervier ».