Fauteuils d'orchestre

Film français de Danièle Thompson

Avec Cécile de France, Valérie Lemercier, Albert Dupontel, Claude Brasseur, Dani, Christopher Thompson





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 15-02-2006

Durée: 1h46

 

Problèmes de riches

Une bonne idée du scénario est d’avoir concentré l’action avenue Montaigne, entre le bar des Théâtres et les trois lieux qui lui font face : la Comédie des Champs Elysées, la salle de concert et la salle des Ventes.

ll ne restait plus qu’à trouver quoi raconter pour relier ces quatre décors. Par exemple :

Catherine Versen, vedette de feuilletons télévisés adorée du public, est pourtant exaspérée par les admirateurs qui la félicitent dans les lieux publics. Elle est survoltée car le 17 aura lieu la première du Feydeau qu’elle répète fiévreusement à la comédie des Champs-Elysées. Alors que son agent lui propose un pactole pour continuer son personnage dans une série médiocre, elle rêve de tourner avec un Resnais ou un Sobinski, le fameux réalisateur américain qui est à Paris pour le casting du film qu’il prépare sur Simone de Beauvoir.

Le célèbre pianiste Jean-François Lefort, lui, répète le concert qu’il donnera également le 17. Mais il traverse une crise morale qui lui fait rejeter le public mondain qui vient à ses récitals. Pire, il ne supporte plus d’avoir, grâce à sa femme, des années de contrats devant lui et rêve de précarité. Inspiré par l’exemple de François-René Duchâble, il souhaiterait abandonner sa tenue de soirée et aller jouer en jeans pour des mélomanes R.M.Istes ou grabataires.

Toujours le 17, le grand amateur d’art Jacques Grumberg, sachant sa fin prochaine, va vendre aux enchères les tableaux et objets qu’il a collectionné sa vie durant. On ne sait pas trop ce qu’il fera de la fortune ainsi récupérée pour ses quelques mois de survie, mais il ne semble pas qu’elle soit destinée à son play-boy de fils, Frédéric, avec lequel il entretient une relation difficile. (Mais comme la loi française interdit de déshériter ses enfants, Frédéric n’a qu’à s’armer de patience…)

Comme on le voit, nous ne sommes pas chez les prolos et ce trio couvert de cashmere, de contrats et d’oeuvres d’art inspire peu la compassion, sauf à Jessica, jeune provinciale venue tenter sa chance à Paris, qui fait la navette entre le Bar des Théâtres où elle est serveuse et les riches clients qui travaillent en face. Grâce à eux, nous connaissons les tarifs pratiqués dans les bars, les hôtels ou les boutiques de luxe du quartier, ainsi que le cours moyen d’un Braque ou d’un Brancusi. Jessica découvre, un peu surprise, que tous ces pauvres nantis sont vraiment très malheureux... mais aussi que le futur héritier Grumberg ne manque pas de charme.

Ce vaudeville mondain est très bien interprété par des acteurs qui prennent un plaisir évident à camper leurs personnages. En réalité, il s’agit d’une pseudo comédie car, à part Valérie Lemercier qui laisse aller son tempérament comique, on ne rit guère aux états d’âme du virtuose neurasthénique ou du collectionneur en sursis. On retrouve dans ce scénario (co-écrit avec son fils Christopher) le goût de Danièle Thomson pour les histoires bien ficelées, aux engrenages impeccables, où tout est calibré comme dans les comédies qu’elle écrivait avec son père, Gérard Oury, et dont le succès populaire était incontestable. Mais le développement dramatique est traité comme une sorte d’équation à laquelle manque un peu d’imprévu, de chaleur et de tendresse, malgré de visibles efforts pour introduire des moments « d’émotion » dans le récit. Certaines scènes frisent aussi le too much : on a du mal à croire que remuer le derrière chez Feydeau soit le meilleur atout pour décrocher le rôle de Simone de Beauvoir, que le virtuose pète les plombs au point de finir son concerto en tee-shirt devant un public enthousiaste, ou qu’on puisse pénétrer ainsi, de nuit, pour boire un verre, dans une salle des Ventes où sont entreposées des oeuvres valant quelques millions d’euros sans le moindre vigile pour vous contrôler. Mais je sais bien que ces invraisemblances ne nuiront pas au succès prévisible de ce divertissement qui a le mérite de nous montrer et de nous faire entendre, une dernière fois, la grande Suzanne Flon et son inimitable voix.