Le Nouveau Monde
The New Word

Film américain de Terrence Malick
Sélection officielle Festival de Belin 2006

Avec Collin Farrel, Q,Orianka Kilcher, Christian Bale





Par Laurence Bonnecarrère
 

 

Brève rencontre au paradis

En avril 1607, trois caravelles anglaises accostent la côte orientale des Etats-Unis. Les colons qui veulent y établir un avant-poste économique et culturel semblent ignorer qu’ils vont devoir composer avec une société indienne chargée de 15 000 ans d’histoire. John Smith, un fringant officier de 27 ans, est capturé puis accueilli au sein d’une tribu Powhatan. Il s’éprend alors de Pocahontas, la fille préférée du chef indien. Cette histoire réelle est à l’origine de la légende connue de tous.

« Pocahontas » signifie l’ « espiègle » en algonquin, langue dans laquelle s’expriment les protagonistes indiens du film, la production ayant pris la peine d’engager un spécialiste chargé d’inculquer cette langue à tous les acteurs concernés. Terrence Malick a également sollicité les descendants des tribus natives de Virginie ; il ont suivi le tournage afin de vérifier l’exactitude de la reconstitution de la culture algonquin, civilisation perdue dont seule une tradition orale évanouissante peut encore témoigner aujourd’hui. Tous les décors, les fameux trois-mâts, le fort de Jamestown, les moindres objets et parures ont été reconstitués avec une précision maniaque. Cette recherche délirante d’authenticité donne à ce quatrième chef d’oeuvre de Malick (après La Balade sauvage, Les Moissons du Ciel, La ligne rouge) un charme quasi surnaturel. La luminosité miraculeuse des paysages, l’approche picturale des compositions, le lyrisme de la musique, l’ampleur et le dynamisme des cadres sophistiqués sont la marque de fabrique du cinéma de Terrence Malick. Dans le cas particulier du Nouveau Monde, la virtuosité du cinéaste s’allie à la rigueur de l’anthropologue qui ne ménage pas sa peine: les plantes cultivées, par exemple, ont été plantées spécialement pour le film, ce sont celles de l’époque!
Quant à la jeune comédienne, elle parvient à concentrer à elle seule l’innocence d’un monde englouti qu’elle incarne du haut de ses quinze ans avec une élégance consommée. Délicieuse, la princesse Pocahontas évoque les héroïnes mythiques aperçues chez Murnau ou Mizoguchi - au plus loin des bimbos du monde civilisé. Mais c’est l’ensemble de l’oeuvre « artisanale » de Malick qui se situe à des années lumière de l’artillerie lourde hollywoodienne. Aucun feu d’artifice technologique, aucune roublardise scénaristique, pas de psychologie ni de catéchisme politique ici. Les conquérants du Nouveau Monde ne sont pas des brutes ni les indiens des sauvages, ils auraient pu s’accorder et s’aimer car seule la civilisation qui piétine la nature est vecteur de barbarie. Chez Malick, les nuances du ciel sont spirituelles, les flaques de boue éloquentes, les champs de blé organiques et les émotions telluriques. Miraculeusement épargné par la chute, le cinéma de Malick abrite une pureté, une douceur hallucinée, une bonté intacte qui résonnent comme le génie d’une culture abandonnée, si proche du paradis.