La véritable histoire du Petit Chaperon Rouge
Hoodwinked

Film américain de Cory Edwards
Dessin animé

 
Sortie le 25-01-2006

Durée: 1h20

 

Ca cartoone !

Depuis les origines, les films d’animation européens ont tenté de séduire le public adulte, comme le prouvent les ½uvres des cinéastes tchèques ou du français Paul Grimault, laissant à la production américaine, Walt Disney en tête, le monopole du public enfantin. Pourtant, ce créneau possèdait un avantage commercial évident puisque les incessantes rééditions de Blanche Neige (1937), par exemple, démontrent une pérennité exceptionnelle dans le domaine de l’exploitation cinématographique qui est généralement plus éphémère. L’empire Disney a adopté l’image de synthèse dès Toy Story en 1995, mais il a été fortement ébranlé par l’apparition de sociétés concurrentes comme Dream Works (Steven Spielberg) qui ont abandonné la cible strictement enfantine pour produire des films d’animation pouvant également intéresser les adultes, pari tenu par des réussites comme FourmiZ ou Shrek, entre autres, dont l’humour gras et l’esprit de provocation sont plus proches de Hara Kiri que de l’univers sirupeux des productions Disney.

Entre ces géants industriels qui peuvent payer un million de dollars la fabrication d’une minute de projection vient se glisser ce Petit Chaperon Rouge, tentative de film indépendant qui, grâce à la délocalisation et à la main d’½uvre bon marché (les studios d’animation sont à Manille, aux Philippines), tente sa chance dans la cour des grands avec un budget réduit. Nous avions déjà les frères cinéastes (Dardenne, Coen, Taviani, etc.), voici désormais une direction tricéphale puisque les frères Edwards ont adoubé leur monteur, Tony Leech, comme un co-réalisateur : rendons hommage à cette rare honnêteté. Le trio s’est donc partagé entre Los Angeles (créatifs), Nashville (bande sonore) et Manille (animateurs) durant les mois qu’a nécessité la réalisation, accumulant voyages et télécommunications en tous genres d’un site à l’autre. Nous n’évoquerons pas ici le problème moral et social que posent les conséquences de la délocalisation dans ce cas, car ce n’est pas notre propos, mais nous sommes loin de Paul Grimault, patient artisan solitaire, réalisant La Bergère et le Ramoneur dans son petit atelier de la rue Bobillot (Paris XIIIe).

Que dire du résultat ? La création des personnages est moins brillante que dans Shrek et l’animation des déplacements est parfois mal maîtrisée, mais ce trio de jeunes réalisateurs aime incontestablement le cinéma et le film abonde en clins d’½il cinéphiliques à des films récents, situant nettement leur projet du côté des dessins animés pour adultes. Les auteurs poussent même l’audace jusqu’à morceler le récit par de multiples flash back, évoquant une sorte de Rashomon du cartoon où le conte de Charles Perrault, transformé en enquête policière, est raconté selon les quatre points de vue des quatre personnages principaux : la petite fille, la grand-mère, le loup et le bûcheron. Ces hardiesses conduisent à un récit virtuose mais compliqué, mêlant un montage coup de poing et  une bande sonore agressive, qui ne me semble pas destiné aux très jeunes enfants. Par contre, les pré-adolescents (et leurs parents) pourront y prendre plaisir, d’autant que la grand-mère ressemble bizarrement à une caricature de Woody Allen.