Good Night and Good Luck

Film américain de Georges Clooney

Avec David Strathairn, George Clooney, Robert Downey Jr.





Par Anaïs Jurkiewicz-Renevier
 
Sortie le 04-01-2006

Durée: 1h33

 

Journalisme utopique


1954, Etats-Unis. Alors que Mac Carthy a déclaré ouverte la « chasse au sorcières » et que les partisans communistes et leurs proches sont poursuivis et jugés, Edward R. Murrow, le présentateur de la chaîne CBS va, envers et contre tous, dénoncer les méthodes et la politique du sénateur. Le deuxième film de Clooney est une réussite.

L'atmosphère, d'abord : une ambiance enfumée, sur fond de musique jazz, le tout filmé en noir et blanc. Sobre et esthétique. Mais le noir et blanc n'a pas qu'une fonction stylistique. Elle est également politique. Ce procédé permet d'opposer le vrai Mc Carthy (images d'archives) au faux Ed Murrow. Personnage d'ailleurs brillamment interprété par l'élégant David Strathaim (récompensé à Venise). Et si le scénario abonde de répliques subtiles («-You're a yellow!» «It's better than red»), c'est certainement parce qu'il faut comprendre le film à demi-mot. Sans démonstration, sans émotion outrée, ce film contient un propos universel. Le maccarthysme devient un prétexte pour souligner la complexité intemporelle du quatrième pouvoir. Certes. Mais si Clooney nous met en garde ouvertement contre l'information, réunissant fond et formes brillants, le film n'en reste pas moins un leurre. L'ambiguité plastique souligne l'étrangeté du propos. Sa finesse ne peut être assez absurde pour faire croire au modèle de journalisme qu'il propose. On ne voit pas, ou peu, d'écrans de télévisions dans le film. Artifice? La réalisation inventive mais ambiguë nous laisse penser que le message est plus profond que celui que nous sommes contents d'avoir saisi. Le film de Clooney va plus loin qu'un pamphlet divertissant. A juste titre.