Good Night, and Good Luck

Film américain de Georges Clooney

Avec David Strathairn, George Clooney, Robert Downey Jr





Par Aurélie Rose
 
Sortie le 20-01-2004

Durée: 1h33

 

Coffee, TV and cigarette

En 1954, les USA sont en pleine chasse aux sorcières : tout les partisans communistes sont traqués et jugés avec ou sans preuves. Le journaliste Edward R. Murrow, célèbre présentateur télé de CBS va dénoncer les abus du Sénateur Mc Carthy, aidé de son producteur et d'un petit groupe de journalistes, malgré les réticences de la chaîne et des sponsors.

Après Confession d'un homme dangereux, George Clooney nous propose un film moins déjanté que le précédent, plus sobre, plus profond et surtout très réussi. Le Dr Ross de la série Urgences a rangé sa blouse pour s'occuper d'une époque noire de l'histoire américaine, le maccarthysme, et s'interroge sur le rôle de ce média si puissant, la télévision. Good Night and Good Luck est en noir et blanc, pour se rapprocher des années 50, et surtout des images d'archives très présentes, qui se mêlent au film si bien qu'on se demande si ces procès sans preuves ne sont pas des mises en scènes du réalisateur. Et pourtant la terreur médiatique inspirée par le sénateur Mc Carthy fut bien réelle.

Good Night and Good Luck propose un joyeux retour en arrière, où les journalistes avaient les cheveux plaqués à la gomina, le style Cary Grant, et fumaient comme des pompiers à l'écran. Mais la télévision était un média encore sous-exploité : le journalisme télévisuel n'est qu'un divertissement proposé aux spectateurs. Au-delà du combat contre le maccarthysme, il y a le combat de Murrow, qui veut donner à la télévision un véritable pouvoir médiatique et civique. Le public n'est pas diverti, il est averti. Et pour faire évoluer cette vision de ce "télécinéma", il faut déranger, même si ce n'est pas "politiquement correct". Sur ce plan, le film se rapporte à l'actualité. Même de nos jours les médias américains sont brimés par le politiquement correct, quitte à se censurer pour ne pas choquer les esprits. Ne serait-ce pas le cas avec la guerre d'Irak ?

Alors par civisme, Murrow se prostitue littéralement, en vendant son image, si familière à cette époque, à des programmes médiocres et divertissants. Le personnage le dit lui-même :"Cela paye les factures".

Le film transforme Murrow en icône télévisuelle, qui se fond dans l'écran et multiples moniteurs du studio, dont l'image se multiplie et apparaît sous tout les angles. Pourtant le journaliste reste inaccessible. Clooney ne fait pas de Murrow un cliché, mais un homme ambigu, qui va jusqu'à jouer le jeu de l'ennemi en se censurant sur ses idées politiques. Finalement, même les caméras ne peuvent le filmer. Cependant son image hante l'écran. La prestation de l'acteur David Strathairn efface progressivement tous les autres seconds rôles.

La bonne surprise du film est surtout la référence directe au peintre américain Hopper, dans la composition des plans, qui donne une réelle qualité picturale à l'image. Avec peu de décors, l'ambiance des années 50 prend vie : la musique jazzy, le noir et blanc, la fumée des cigarettes "Kent"...

Good Night and Good Luck possède de réelles qualités picturales, une belle photo et un acteur charismatique qui mettent en lumière ce climat de peur médiatique instauré par Mc Carthy. Mais la vraie réussite du film est de nous interroger sur le rôle des médias et du journaliste dans une période où le divertissement prend le pas sur la vérité