King Kong

Film international de Peter Jackson
Nouvelle-Zélande - Etats-Unis

Avec Naomi Watts, Jack Black, Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Jamie Bell...





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 14-12-2005

Durée: 3h

 

Le Monde perdu

Dans l’ensemble comme dans le détail (la fin avec les biplans autour de l’Empire State Building), Jackson reste assez scrupuleusement fidèle à l’intrigue du film mythique de Cooper et Schoedsack (1933). Son remake en forme d’hommage en diffère pourtant à plus d’un égard. Dans ce film de trois heures misant principalement sur le spectacle, l’éternelle aventure de « la Belle qui a tué la Bête », délestée de la charge érotique et du grain presque documentaire de l’original, gagne en souffle épique et lyrique mais voit sa force quelque peu bridée par une mise en boîte édulcorée.

Au moins reconnaîtra-t-on à Peter Jackson le mérite de n’avoir pas bâclé sa mise en scène malgré l’ampleur de son ambition, comme c’était le cas dans Le Seigneur des Anneaux, projet trop monumental pour être traité correctement et qui, de fait, alliait laideur de la photo, filmage peu inspiré et accumulation frénétique mais lassante d’épisodes sans rigueur du récit. On retrouve ici beaucoup des travers et obsessions du réalisateur néo-zélandais (imagerie assez convenue, exploration d’un monde sur le mode du jeu vidéo), mais avec le plaisir intense de l’ouvrage bien faite.

Plaisir qui a inévitablement ses limites (on est à frontière du pompiérisme, pas de véritable trouble à l’arrivée), mais aussi son lot de satisfactions. Splendeur vertigineuse des paysages, caractère véritablement convaincant des bébêtes de synthèse, qu’on ne ressent plus comme des vignettes 3D plaquées sur les images d’acteurs parlant dans le vide : le King Kong de Jackson marque une date importante dans l’évolution des effets spéciaux. Non pas tant en terme de réalisme qu’en termes de poids, de présence, et donc d’émotion.

L’émotion : malgré la conception un peu étroite qu’il en a, voilà ce que cherche Peter Jackson à grand frais, gonflant son film pour en faire une fresque de trois heures. Une première heure se penche de près sur les ravages de la Grande Dépression, qui poussent l’actrice fauchée Ann Darrow (touchante Naomi Watts) à accepter la folle proposition de Carl Denham, cinéaste téméraire et bluffeur (Jack Black). La deuxième développe jusqu’à saturation et non sans jubilation le concept de film d’aventures exaltantes mais dangereuses en terre inconnue infestée de bestioles. La troisième heure insiste quant à elle avec force lyrisme sur l’histoire d’amour entre la Belle et la Bête et la tragique bêtise de Carl Denham.

Film à gros budget décrivant une heure durant la pauvreté d’une époque, film de studio fasciné par un personnage de petit réalisateur casse-cou à la fois très inquiétant et forcément attachant, plongée aseptisée – sans une goutte de sang – dans la sauvagerie (les indigènes, à la fois grotesques et très effrayants) et les peurs viscérales… King Kong est un film spectaculaire pétri de contradictions qui en constituent un enjeu intéressant mais somme toute limité, et où le plaisir ressenti s'accompagne toujours d'une petite sensation de manque.