Gentille

Film français de Sophie Fillières

Avec Emmanuelle Devos, Lambert Wilson, Bruno Todeschini, Michael Lonsdale, Bulle Ogier





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-12-2005

Durée: 1h42

 

Gentillet

Issue de la 1re promotion de la Femis, Sophie Fillières nous propose ce troisième long métrage, dont elle est également la scénariste, comme pour les deux premiers. Rien que cette ambition d’auteur complet mérite que l’on considère son oeuvre avec intérêt, d’autant qu’elle apporte une incontestable recherche d’originalité dans le choix de ses personnages et des situations qu’ils affrontent.

Un dialogue décalé, souvent absurde et teinté d’humour naît de ces rencontres fortuites entre les protagonistes, rappelant parfois l’univers des films de Jeanne Labrune comme Ça ira mieux demain ou C’est le bouquet. Ces qualités se trouvaient déjà dans son précédent film, Aïe, dont la séquence d’ouverture (la rencontre d’André Dussolier et de Hélène Fillières dans un bistrot) était un régal.

Malheureusement, le récit ne tenait pas totalement la distance et basculait dans un final de science fiction filandreux et moins inspiré que les premières bobines. Cette faiblesse (si fréquente chez les scénaristes français qui peinent à conclure une histoire aux débuts prometteurs) se retrouve dans Gentille qui a du mal à trouver la sortie. Excellente dans les sketches d’ouverture qui montrent l’errance de l’héroïne au hasard de rencontres hasardeuses, la comédie s’enlise dès qu’elle tente de donner un ancrage sérieux, donc social et professionnel, aux protagonistes On a du mal à croire à ce couple improbable formé d’une anesthésiste et d’un explorateur polaire, à cette idylle non exprimée entre un étrange malade et son médecin, à ces beaux-parents un peu trop lunaires et poétiques. Nous sommes, bien sûr, dans le domaine du farfelu – c’est là le charme de cette comédie - souligné par de jolies valses romantiques, empruntées à Léo Delibes, qui évitent au récit de tomber dans un réalisme quotidien et fade. Mais cette recherche systématique de l’insolite manque parfois sa cible, comme dans la séquence finale où ce couple qui se cherche se trouve, enfin, dans un grotesque accoutrement de doudounes jaunes destinées aux explorations antarctiques. Mais que ces quelques réserves ne vous empêchent pas de rendre visite à cette Gentille dont les qualités d’inspiration dépassent, malgré tout, ces quelques faiblesses que Sophie Fillières finira bien par maîtriser.