L'enfer

Film français de Danis Tanovic

Avec Emmanuelle Béart, Karine Viard, Marie Gillain, Carole Bouquet





Par Laurence Bonnecarrère
 

 

Women's land

D’un enfer à l’autre. Danis Tanovic, réalisateur de No man’s land, s’attaque dans ce second film à l’enfermement intime : ravagées par un traumatisme secret, trois soeurs portent en elles une mine à retardement.

Une même thématique pour ces deux films, même si tout semble opposer la vie aisée de trois jolies parisiennes relativement gâtées (Emmanuelle Béart, Karin Viard, Marie Gillain) et le dernier acte d’un conflit qui s’est déroulé au XX ième siècle aux portes de l’Europe. Danis Tanovic s’est associé à Krzysztof Piesiewitcz, qui signe le scénario laborieux de ce thriller psychologique, pour porter à l’écran l’un des volets d’une trilogie (le « Paradis », l’Enfer » « Le Purgatoire ») dont le réalisateur Krzysztov Kielsowski avait rédigé l’ébauche avant de mourir. L’idée d’enfer intime a séduit le jeune réalisateur qui constate que l’on trouve en Afghanistan ou à Sarajevo des gens plus épanouis qu’à Paris : pendant la guerre, l’abnégation, la générosité atténuent parfois la souffrance et l’horreur. Tandis que dans le confinement d’un monde dominé par tout le spectre des passions tristes rien ne vient tempérer la désolation haineuse. La vision lourdement moralisatrice d’un Kieslowski se conjugue ici avec la sensibilité tragique de Danis Tanovic, mais la dureté du fond est allégée par une mise en scène originale qui nous épargne un vulgaire traité du désespoir. Une certaine bonne humeur reprend même ses droits et la fantaisie du réalisateur compense in fine l'académisme du scénario. Le casting est évidemment pour quelque chose dans la réussite du film. Mais ce ne sont pas les stars, Carole Bouquet en Médée tétraplégique, Emmanuelle Béart, excellente en furie acariâtre, ou Karin Viard en gentille empotée, qui sont les plus convaincantes : le trait est dans leur cas trop appuyé. Plus inattendu, le couple Marie Gillain / Jacques Perrin est attachant et juste.
Danis Tanovic nous prouve qu’il est capable de réussir sur divers fronts, même si son lyrisme métaphorique flirte indéniablement avec le mauvais goût. Inutile de nier que les qualités de No man’s land n’ont pas franchi les portes de ce nouvel enfer.