La Saveur de la pastèque

Film taïwanais de Tsai Ming-Liang

Avec ee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi, Lu Yi-Ching


Berlin 2005: ours d'argent de la meilleur contribution artistique


Par Simon Legré
 
Sortie le 30-11-2005

Durée: 1h55

 

Le fruit du plaisir

Après son bouleversant cérémonial funèbre au parfum de dernière fois (Goodbye Dragon Inn), le cinéaste des errances alanguies reprend ses deux héros d'Et là-bas quelle heure est- il ? Mais il explore un envers plus sexuel qu'à l'accoutumée : le jeune vendeur de montres est devenu acteur de porno et la jolie Taïwanaise qui visitait Paris croupit dans son F4 en s'abreuvant, faute d'eau courante, de nectar de pastèque broyée. Tsai-Ming Liang observe les flux du désir avec la fixité qu'on lui connaît. Ses plans sont toujours pour la rétine une aventure intérieure car les possibilités de ce qui travaille l'image semblent se déployer à l'infini comme l'attestent presque toutes les séquences du film. L'enjeu de l'image réside dans cette inlassable chorégraphie des frôlements qui donne à espérer une interaction par le verbe. Les scènes de sexe sont d'une crudité confondante mais quelque chose d'infra sensible semble jouer les garde-fous et les maintient sans cesse sur la ligne de partage entre l'insoutenable et le cocasse. Si l'on a dit d'un film d'Hitchcock qu'il était la rencontre entre un personnage et un signe, un film de Ming-Liang semble être celui d'un personnage et d'un objet transitoire (une pastèque, un bouchon de bouteille) déposé sur le chemin des protagonistes. C'est un parcours bien balisé que nous traversons avec eux dans cette farce grivoise qui, c'est le cas de le dire, fait monter la sauce jusqu'à son climax éruptif, nous laissant entre hoquet d'horreur et perplexité. Et si la jouissance est au bout du tunnel, elle est scandée, comme dans The Hole, par des intermèdes musicaux d'un kitsch achevé où de jeunes naïades aux lèvres mouillées s'agitent autour d'un pénis géant. Ces irruptions guillerettes dans le récit tonifient avec alacrité ce jeu des fluides charnels et dépassent ce qu'on savait de ce styliste de haute race, ici radiologue de la jouissance retrouvée.