A History of Violence

Film américain de David Cronenberg
D'après la BD de John Wagner et Vince Locke

Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ed Harris, William Hurt


Interdit aux moins de 12 ans


Par Alicia Fischmeister
 
Sortie le 02-11-2005

Durée: 1h35

 

Tu ne frapperas point

Tom Stall vit avec sa famille dans une petite ville américaine bien tranquille. Un jour, deux malfrats viennent braquer son restaurant : Tom les désarme et les tue avec une adresse surprenante, et devient du jour au lendemain le héros de la région. Mais voilà que débarquent de Philadephie trois types louches qui s’adressent à Tom en l’appelant Joey Cusak, s’en prennent à sa famille, et insistent pour l’emmener faire un petit voyage en direction de son passé…

Ce dernier film de Cronenberg commence de façon un peu décevante. Sorte de pub pour l’American Way Of Life, la vie de Tom paraît d’abord un peu trop belle pour être vraie : avec une fillette blondinette, un ado responsable, une mère de famille sexy et une vie amoureuse trépidante, Tom est le stéréotype de l’américain heureux. Or, grâce à cette jolie vitrine, le déraillement de l’histoire est d’autant plus efficace, et l’arrivée d’Ed Harris et de ses acolytes dans la paisible bourgade provoque un réel malaise. Aidés par le jeu admirable de Viggo Mortensen, on préfère finalement se raccrocher à notre jolie image d’Epinal pour ne pas affronter l’autre monde que Cronenberg nous ouvre : celui du crime haut de gamme et de ses hommes puissants que l’absence de toute morale rend totalement inattaquables.

Intrusion d’un monde dans un autre, qu’accompagne en parallèle l’intrusion de la violence dans la quiétude de la vie de Tom. A la lumière de son titre, le film peut être compris comme une anthologie de la violence, car il en énumère toutes ses formes : violence physique, verbale, harcèlement moral, violence sexuelle… sans jamais pourtant se complaire dans la gratuité. Les gros plans sur des visages déchiquetés par une balle fonctionnent comme un miroir face à l’humanité entière : selon Cronenberg, l’homme n’est pas bon, beau, tout lisse. Il est au contraire un être qui a fait de sa propre histoire une « histoire de la violence », et qui continue de la transmettre de génération en génération, comme le montre l’attitude de Jack, fils de Tom, face à la tête à claque de son lycée, et plus tard confronté à l’instinct de survie.

En suivant la frontière Tom/Joey, Cronenberg réussit brillamment à nous perdre parmi les possibilités d’un homme entre morale solide et violence extrême. Et son film fonctionne comme une dénonciation de cette part de barbarie qui sommeille en chaque être humain.