Joyeux Noël

Film français de Christian Carion

Avec Guillaume Canet, Diane Krüger, Daniel Brühl, Dany Boon, Gary Lewis, Benno Fürmann


Sélection officielle hors compétition Festival de Cannes 2005


Par Esther Castagné
 
Sortie le 09-11-2005

Durée: 1h55

 

Joyeux Noël, Merry Christmas, Frohe Weihnachten!

Décembre 1914. La grande guerre bat son plein et les soldats sont obligés de passer Noël loin de chez eux, dans les tranchées. Ils croient encore que la guerre ne s'éternisera pas, que bientôt ils seront libres. Pourtant en ce Noël 1914, les voilà coincés en Enfer, dans les tranchées meurtrières. Mais grâce à l'arrivée d'une cantatrice danoise venue rejoindre son mari, un ténor allemand, sur le champ de bataille, les soldats ennemis sympathiseront l'espace d'une veillée. C'est une de ces fraternisations miraculeuses entre lignes ennemies que raconte Joyeux Noël.

Christophe Carion s'inspire pour ce second film (dont il avait en réalité l'idée avant même de réaliser son premier film L'hirondelle a fait le printemps) d'une histoire vraie : celle des fraternisations qui ont eu lieu dans les tranchées pendant la Grande Guerre, le soir de Noël 1914, en de nombreux endroits du front. Le réalisateur se penche sur ces faits historiques méconnus, comme si le pacifisme et l'humanité étaient extrêmement mal vus et même condamnables en temps de guerre, où seule la barbarie doit avoir cours.
Joyeux Noël se nourrit d'anecdotes recueillies par le réalisateur notamment dans des coupures de presse de l'époque. Ainsi le film peut apparaître comme une sorte de puzzle, sensation renforcée par le nombre des personnages, sans qu'aucun ne puisse prétendre plus que l'autre au rang de protagoniste ou encore moins de héros. On pourrait alors reprocher à Carion l'absence de fil directeur : ce serait en réalité aberrant. Le propos n'est pas ici de tendre vers un but ou de démontrer, le réalisateur veut juste montrer. Il nous plonge dans cet univers si particulier et nous révèle une vérité inconnue, cachée et qui est pourtant la plus belle et la plus admirable, ou peut-être devrais-je dire "exemplaire".
La mise en place de l'intrigue peut sembler un peu longue mais elle est nécessaire. Il nous faut connaître les personnages et le contexte dans lequel ils évoluent pour saisir la force de cet événement. La fraternisation qui aura lieu en cet endroit du front ne pourra que bouleverser à jamais le destin des personnages. Elle leur donnera le courage qu'ils n'avaient pas – ou plus – et leur redonnera vie, du moins le temps de cette veillée de Noël.
Le film présente l'avantage d'être servi par un excellent casting, au sein duquel Dany Boon dans un "contre-emploi" (ou plutôt sous un nouveau jour) et Gary Lewis en pasteur écossais bourru excellent tout particulièrement. Les échanges des personnages de Guillaume Canet et Daniel Brühl sont particulièrement forts car ils nous font presque oublier la guerre où l'on est d'autant plus cruellement replongé. La seule "fausse note" de ce beau film courageux est peut-être la voix chantée de Diane Krüger doublée par Natalie Dessay. Le timbre de la cantatrice se prête assez mal à l'allure de l'actrice, ce qui crée une sensation de décalage. En revanche, la volonté de ne pas doubler les voix des acteurs qui s'expriment chacun dans plusieurs langues, avec un accent plus ou moins fort, tout au long du film est particulièrement intelligente et judicieuse.