A History of Violence

Film américain de David Cronenberg

Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, William Hurt, Ashton Holmes, Stephen Mac Hattie, Peter Mac Neill


Sélection officielle Cannes 2005


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-11-2005

Durée: 1h35

 

Du lard ou du cochon ?

Deux clients quittent un motel minable et règlent leur note d’une façon qui les caractérise sans ambiguïté : ce sont indubitablement les bad guys de l’histoire. Après ce remarquable plan-séquence d’ouverture qui nous plonge dans une angoisse glaciale, David Cronenberg abandonne, hélas, tout effort de mise en scène et s’enfonce sagement dans un traitement de polar traditionnel. Malgré cela, notre intérêt reste soutenu car la tension du scénario ne faiblit pas : un paisible tenancier de bistrot, Tom, reçoit la visite des deux bad guys qui le menacent.

Le mouton se transforme brutalement en loup et en efficace justicier. Il devient le héros de sa tranquille bourgade (et des Etats-Unis) grâce aux médias. Sa pépère vie de famille en est d’autant plus perturbée qu’un nouveau danger se présente bientôt dans son bar désormais célèbre : un mafieux borgne et irlandais (!) y vient évoquer un douteux passé lointain et s’obstine à appeler Tom : « Joey ». Y a-t-il dédoublement de la personnalité ou erreur sur la personne ? En tout cas, il y a terreur sur la famille. A partir de là, le film perd malheureusement le ton insolite et brillant de son ouverture et verse progressivement dans le thriller banal en ouvrant le catalogue des poncifs avec la traditionnelle maison isolée et la menace sur les enfants du couple. Le film se traîne alors vers un règlement de comptes final tellement parodique, véritable hommage aux « Tontons flingueurs » de Georges Lautner, qu’il déclenche chez le public des rires inattendus après l’angoisse des premières bobines. J’imagine que ce comique involontaire n’existe pas dans la bande dessinée qui a inspiré ce scénario. D’où il ressort, une fois de plus, qu’une BD n’est pas le story-board d’un film et que de L’Enquête corse à Revolver, on n’a jamais vu une adaptation réussie tirée de ce type de littérature qui repose plus sur ses qualités graphiques et l’imagination du lecteur que sur la psychologie des personnages.

Il n’est pas exceptionnel qu’un plan-séquence ouvre un film pour céder la place à un découpage plus classique, comme dans La Soif du mal ou The Player. Souvent, les plus grands réalisateurs, fatigués après cette démonstration de virtuosité, reprennent rapidement les rails du récit conventionnel. Plus rares sont les films qui tiennent le pari de conserver jusqu’à la fin ce procédé de narration comme ce fut le cas de La Corde et, plus récemment, A travers la forêt. Mais, dans tous ces exemples, les films ont maintenu une unité dramatique cohérente. Ce qui surprend dans A History of violence, c’est le virage imprévisible que prend ce récit, après un remarquable début, vers la caricature du genre. D’excellents acteurs utilisés à contre-emploi, comme Ed Harris et William Hurt, composent des méchants qui n’aident guère à la crédibilité des personnages et des situations. Seul, l’ambigu Viggo Mortensen tire son épingle de ce jeu incertain. On a connu David Cronenberg, habitué de la sélection cannoise, mieux inspiré dans sa mise en scène et le choix de sujets dérangeants.