Batalla en el cielo

Film mexicain de Carlos Reygadas

Avec Marcos Hernandez, Anapola Mushkadiz, Berta Ruiz


Sélection officielle Festival de Cannes 2005


Par Esther Castagné
 
Sortie le 26-10-2005

Durée: 1h28

 

Enfer, Purgatoire, Paradis : le chemin de la rédemption

Marcos, chauffeur d'un Général, a kidnappé avec sa femme un bébé qui est mort peu de temps après. Il retrouve la fille de son patron qui se prostitue par plaisir et couche avec elle. Obsédé par son crime et fasciné par la jeune femme, il lui confesse son acte. Il se rend alors compte qu'il est en train de se perdre et tente de réparer ses fautes. Cette quête de rédemption correspond au pèlerinage en l'honneur de Notre Dame de Guadalupe, qui a lieu au Mexique à cette période de l'année.

Eros et Thanatos interfèrent  dans ce film moderne et engagé à l'esthétique réaliste. Les acteurs sont filmés sans fard et leurs travers ne sont pas occultés, de même que la vie est représentée dans toute sa cruauté et son injustice. Ici on ne joue pas, on vit. Reygadas filme ce qu'il voit et ce qu'il sent. Il cherche la vérité mais ne nous impose rien. Il montre et ne juge pas. La ville de Mexico et son climat se prêtent à l'atmosphère à la fois sulfureuse, funeste et destructrice du film. La tonalité érotique, voire pornographique, de Batalla en el cielo appelle cette violence mêlée de plaisir, plaisir de la chair et de la transgression.
La dimension religieuse est fondamentale et explique l'évolution du personnage de Marcos et sa culpabilité grandissante. Il est victime de sa condition sociale et de l'effondrement de ses repères moraux. Il est tourmenté parce qu'il voit dans son attitude la violation du code de conduite auquel il a obéi jusque là. D'où sa descente aux enfers, nécessaire à sa rédemption. Si les femmes s'arrangent avec leur conscience, Marcos, lui, ne supporte pas d'être écartelé entre deux croyances. Car le sexe est ici une croyance, il est l'égal de la foi et son
antipode en même temps. Les rapports sexuels sont filmés de façon crue et frontale. Reygadas ne triche pas avec ça non plus. Il respecte la nature dans toutes ses formes et s'intéresse aux conflits et aux contrastes qui en découlent. Ce qu'on retrouve dans sa manière de filmer. Il alterne entre des plans fixes, ou des mouvements très lents, pareils à des caresses, et des mouvements brusques, qui évoquent davantage des coups. La musique reflète ces mouvements de caméra, qui sont doublés de plans souvent assez courts. On perd ses repères tandis que le protagoniste se perd lui-même rendant ainsi le titre du film cruellement ironique.