Les amants réguliers

Film français de Philippe Garrel

Avec Louis Garrel, Clotilde Hesme


Meilleure mise en scène, meilleure image (Venise 2005)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 26-10-2005

Durée: 2h58

 

Les Anciens Combattants

Philippe Garrel, qui avait 20 ans en 68, tournait déjà des films poétiques «d’avant-garde» aux antipodes des productions commerciales, ce qui est plutôt une qualité pour un débutant : on s’étonnerait de voir un jeune homme doué prendre comme modèle artistique Max Pecas et José Bénazéraf à l’orée d’une carrière ou, pire encore, passer par une école de cinéma. Il approche aujourd’hui de la soixantaine (et de la trentaine de films). Son père, Maurice, vieillit bien devant la caméra, son fils Louis est également acteur et lui, Philippe, continue de faire des films de jeune homme, comme si le temps n’avait pas de prise. Les Amants Réguliers, récit nostalgique en noir et blanc et format 1,33, semble avoir été tourné à l’époque de ces quelques semaines d’effervescence de mai 68 et c’est plutôt émouvant.

J’ai gardé de cette période le souvenir d’une joyeuse kermesse, pleine d’échanges, de palabres et d’espoirs divers, loin de l’image tragique que nous donne ce film décrivant un Paris livré à des hordes de CRS pires que les chars russes écrasant Prague. Quant aux interminables fumeries de quelques jeunes romantiques qui n’ont trouvé que cette échappatoire face à l’oppression de l’état, c’est plutôt rigolo lorsque l’on sait que ces dandys révoltés sont casés aujourd’hui au sommet de ce même état dans les domaines de la presse, la réalisation ou la distribution de films, la télévision et la politique. Bah, c’est dans l’ordre des choses.

Que les souvenirs d’un même évènement puissent différer selon les individus me paraît normal et ce n’est pas ce qui me gêne. J’aime bien d’autres films de Philippe Garrel (J’entends plus la guitare ou Le Vent de la Nuit) qui témoignent d’une sensibilité originale, avec un rythme qui lui est propre, tournés dans une tendance qu’on pourrait nommer la «qualité germano-pratine» à la place de la fameuse «qualité française». Mais, malheureusement, Les Amants réguliers me donnent trop l’impression d’assister au premier bout à bout de trois heures, avant que le montage ne soit commencé, pour que je prenne plaisir à cet «ours» qui a obtenu le Lion d’Argent de la mise en scène à Venise. A vrai dire, ce qui m’intrigue surtout, c’est de savoir ce que Philippe Garrel peut bien enseigner, aujourd’hui, aux étudiants d’une école de cinéma, alors qu’il a choisi de se situer définitivement hors du système et des quelques règles d’écriture qui fédèrent généralement l’ensemble des cinéastes de la planète, sans en faire pour autant des émules de Benazéraf ou Max Pécas.