La Maison de Nina

Film français de Richard Dembo

Avec Agnès Jaoui, les moniteurs et les enfants





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-10-2005

Durée: 1h50

 

Film posthume

La guerre se termine. Nina gère, tant bien que mal, la pénurie générale pour tenter d’entretenir une troupe d’enfants juifs français qu’elle a recueillis dans un centre d’accueil créé dans l’urgence de la Libération.

Ils attendent, dans cette étrange colonie de vacances, l’hypothétique retour de leurs parents raflés et déportés. Arrive une cohorte d’autres enfants juifs d’Europe centrale évacués du camp de Buchenwald. Un antagonisme profond s’installe entre les deux groupes : les petits Français ne parlent pas yiddish, sont peu religieux et pencheraient plutôt vers une vision laïque du monde, contrairement aux autres qui sont très pratiquants, ont connu l’horreur de la déportation et ne comprennent évidemment pas le français. Nina parviendra difficilement à calmer ces affrontements inattendus entre ces jeunes victimes du même ennemi, et établira une cohabitation fragile entre les deux communautés.

Cet insolite scénario écrit par Richard Dembo clôt la courte carrière de ce réalisateur mort au début du montage de ce troisième film. Le premier, La Diagonale du Fou, se déroulait dans le milieu des tournois d’échecs professionnels. Il avait obtenu le Prix Louis Delluc, le César de la première oeuvre et l’Oscar du meilleur Film étranger en 1984. Après ce début éblouissant, il réalisa L’Instinct de l’Ange, en 1991, qui décrivait les états d’âme des pilotes d’une escadrille en 14-18 et ne rencontra pas le succès espéré. On peut se demander, avec compassion, de quoi sont faites les interminables journées d’un réalisateur qui ne réalise pas et qui n’a fait aboutir que trois projets en vingt ans, malgré de nombreuses "Avances sur recettes".

A sa mort, Richard Dembo venait d’achever un premier bout à bout de 2 h 40. Le film que nous voyons est donc le résultat d’un collectif dirigé par sa monteuse, Isabelle Devinck, qui comprenait la femme de Richard, les producteurs, Agnès Jaoui, ainsi que Jean-Paul Rappeneau et Costa Gavras, venus amicalement en consultation. Avec un tel encadrement, on peut être certain que le résultat final doit être très proche de ce qu’aurait souhaité Richard. Mais sa brutale disparition rend, évidemment, impossible l’expression normale des éventuelles réserves que pourrait susciter ce film orphelin.