A travers la Forêt

Film français de Jean-Paul Civeyrac

Avec Camille Berthomier, Aurélien Wiik, Morgane Hainaux, Alice Dubuisson


Sélection aux festivals de Londres, Toronto, New-York


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-10-2005

Durée: 1h05

 

Feindre ou perdre l'amour

Je n’ai vu aucun des films précédents de Jean-Paul Civeyrac, mais la découverte de son A travers la forêt m’incite à combler cette lacune. J’ai été séduit par l’originalité du sujet, l’élégance de la dizaine de plans séquences qui raconte l’histoire, l’intelligence de l’apport musical et l’exceptionnelle qualité des jeunes interprètes, pour la plupart débutants, en tête desquels la remarquable Camille Berthomier que la caméra ne quitte pratiquement pas.

Autre atout : lorsqu’il n’a plus rien à dire, J.-P. Civeyrac arrête son film sans se croire obligé de s’incruster pendant deux heures sur l’écran.


Les fantômes étaient très présents dans les films français, anglais ou américains des années encadrant la dernière guerre. On a supposé que c’était pour se préserver des angoisses de cette période tragique et pour rendre plus acceptable la crainte de la mort et la disparition des êtres chers. Il ne s’agissait pas de films d’épouvante mais, généralement, de comédies légères et pleines d’humour où se sont illustrés René Clair (Fantôme à vendre), Michaël Powell (A Matter of Life and Death ) ou Norman Mc Leod (Topper ), entre autres. La mort y était accueillante et plutôt agréable à vivre... Hélas, le retour de la paix et de la société de consommation a été fatal aux aimables fantômes qui ont été progressivement remplacés par l’armée des Aliens et autres Exorcistes.


Jean-Paul Civeyrac tente hardiment le retour du revenant dans une touchante histoire sentimentale : nous ne sommes ni dans le gore, ni dans la comédie, mais dans un romantisme onirique qui s’assume, loin du réalisme social qui baigne la majorité des films actuels. Constitué d’une dizaine de scènes où le réalisateur montre sa maîtrise de l’image, de l’espace et de l’utilisation du « off screen », le film nous conte les tourments d’Armelle qui a perdu Renaud dans un accident de moto mais imagine le voir réapparaître à ses côtés. Le scepticisme de son entourage et son insurmontable chagrin la mèneront au suicide. Après un long coma dont Armelle paraît sortir, la dernière partie du récit nous laisse le choix entre le triomphe du fantastique ou les possibles hallucinations qui précèdent la mort. Dernière raison d’admirer ce film : la qualité et la définition des images obtenues à partir d’une caméra DV par la jeune chef-opératrice Céline Bozon.