Caché

Film français de Michael Haneke

Avec Daniel Auteuil, Juliette Binoche, Maurice Bénichou, Annie Girardot, Bernard Lecoq, Denis Posalydes


Cannes 2005-Prix de la mise en scène, Prix Fipresci, Prix du jury oecuménique


Par Simon Legré
 
Sortie le 05-10-2005

Durée: 1H55

 

L'oeil invisible

Georges, un Bernard Pivot bobo reçoit chez lui d'étranges vidéos de son immeuble accompagnées de dessins d'enfants d'un goût douteux : du jour au lendemain, la vie de ce père de famille installé se craquelle. Tandis que sa femme tente de dénuder les non-dits, Georges apparaît comme l'auteur de la toile dans laquelle il s'est enfermé.

Caché est un miroir qui nous tend le reflet d'une société individualiste ayant évacué sa culpabilité face à la grande Histoire. Peu importe que l'acte commis par Georges enfant ait eu lieu lors de la guerre d'Algérie. Cette fable est universalisable car elle fait l'économie de tout ce qui aurait pu être plus mais moins bien dit. Haneke ne nous jette au visage que les fragments d'un passé persistant. Le film est donc un magnifique filet envoyé dans les abîmes du quotidien où courent s'engouffrer les faux-fuyants : Georges est le prisonnier de sa propre fuite. Déjà Code inconnu donnait un éclairage oblique à nos lâchetés journalières. Caché en fait sa matrice. Mais réduire le film à une tentative de sonder la culpabilité occidentale, c'est oublier qu'Haneke est un démiurge qui stimule le regard comme personne : le plan d'ouverture nous donne à voir un cadre fixe de pavillon croquignolet sur lequel se déposent les lettres du générique. Or nous avons affaire à la cassette que regardent Georges et Anne. Le foyer du filmage est un point aveugle. Le piège hanekien est en marche. A nous de démêler le faux du vrai qui le cerne. Mais Haneke ne prétend pas restituer la réalité, mais bien la traiter, d'où l'habile intrusion des vidéos. Ce deuxième degré de film dans le film (jadis présent dans Code inconnu) rendu transparent aux yeux du spectateur crée un système d'écho avec l'action filmique. Cette inaccessibilité au réel est l'essence même de la narration du film. Cette vertigineuse bombe à retardement confirme qu'Haneke est un marionnettiste d'acteurs roué dont Auteuil (front soucieux, pupille fuyante) et Binoche, formidablement paniquée, sont les valeurs sûres.