Les Ames grises

Film français de Yves Angelo
Adaptation du roman homonyme de Philippe Claudel (Prix Renaudot 2003)

Avec Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret, Marina Hands





Par Esther Castagné
 
Sortie le 28-09-2005

Durée: 1h46

 

Soupçons

De respectables et troubles notables s'affrontent sur fond de première Guerre Mondiale et d'enquête policière. Les morts plus que les meurtres de Lysia et de la petite Belle de Jour sont des prétextes et non le fond de cette intrigue qui est en premier lieu une réflexion sur les hommes et leurs motivations secrètes.

Yves Angelo adapte le roman homonyme de Philippe Claudel, il sait recréer cette atmosphère suspecte où chacun se méfie de l'autre, où le doute plane toujours et pour toujours. Comme les âmes des personnages, le film est gris d'un bout à l'autre. On ressent l'atmosphère pesante de cette période, son caractère inéluctable. Les êtres perdent leur humanité, à l'exception des victimes qui n'ont pas leur place dans ce monde où règne brutalité et dureté, cynisme et méchanceté. La justice devient une notion bien précaire tandis que le crime se fait monnaie courante et que la vérité n'est plus que le fruit du mensonge et l'apanage des puissants.
Le film d'Angelo bénéficie d'un casting exceptionnel dominé par le tandem Marielle/Villeret. Les deux acteurs surprennent dans ces – relatifs – contre-emplois et leur affrontement démontre leur capacité d'adaptation. Si le jeu de Marielle est foudroyant de sobriété (et de rigidité), Podalydès déçoit un peu, oscillant entre inconsistance et emphase. Il est frappant de voir à quel point les décors correspondent à l'histoire racontée, les paysages soulignent la noirceur de l'intrigue et celle de la psychologie des protagonistes. Les hommes y sont pervers et criminels, d'une manière ou d'une autre, consciemment ou non. Les femmes y sont souvent victimes car porteuses de vie ou encore vivantes dans ce monde de morts.