Gabrielle

Film français de Patrice Chéreau

Avec Isabelle Huppert, Pascal Greggory


Venise: meilleure actrice et Lion d'Or pour l'ensemble de sa carrière


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 28-09-2005

Durée: 1h30

 

La Belle Epoque

Adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad, le film de Patrice Chéreau décrit la crise d’un couple de la haute bourgeoisie parisienne d’avant 1914 que, finalement, rien ne réunissait. Jean aime sa femme, Gabrielle, mais à sa façon : puisqu’il n’y a pas d’enfants (ni de sexe entre eux depuis longtemps), il s’agit plus d’un pacte social, face aux conventions de la société qui les entoure, que d’amour.

Mais Jean est sincèrement fier de sa compagne, de sa beauté, de son intelligence qui brille dans les dîners mondains qui se succèdent dans leur bel appartement.

Le jour où Jean découvre que Gabrielle aime le journaliste vulgaire et suffisant qui hante leurs réceptions et qu’elle quitte le domicile conjugal pour vivre avec lui, le monde s’écroule. Mais, de façon imprévisible, Gabrielle revient chez son mari. Ce Retour (c’est le titre de la nouvelle de Conrad) va déclencher un affrontement violent entre les deux époux et faire mesurer à Jean combien il aimait sa femme et combien elle le détestait, au point de lui avouer : « si j’avais su que vous m’aimiez, je ne serais pas revenue ». Cette longue scène de ménage se déroule tant dans l’intimité que devant l’admirable ballet d’une domesticité silencieuse et les yeux de la faune proustienne qui continue de fréquenter les dîners qui ont repris. Je laisse intact le plaisir de découvrir comment cet âpre combat se terminera.

Le huis clos que constitue ce somptueux décor d’appartement et la qualité du dialogue échangé conduisent à une mise en scène théâtrale, ce qui n’est pas un reproche lorsqu’il s’agit de Patrice Chéreau. Cependant, quelques hardiesses du montage, l’intégration insolite de sous-titres ou de discrets effets visuels indiquent que le réalisateur ne rejette aucun des apports de l’outil cinématographique qu’il maîtrise parfaitement. La réalisation s’appuie également sur la très belle image d’Eric Gautier et le lyrisme musical de Fabio Vacchi. Devant tant de qualités rassemblées, seul un mini détail m’a étonné : dans ce film d’avant 14 ne circulent que des automobiles des années 30 !