Collision
Crash

Film américain de Paul Haggis


Grand Prix Festival Deauville 2005


Par Laurence Bonnecarrère
 
Sortie le 14-09-2005

Durée: 1h52

 

Speed catéchisme

Trente six heures chrono. Assez pour qu’une femme noire se fasse à moitié violer devant son mari par un flic blanc qui - coïncidence - va l’extirper le lendemain d’une voiture en feu. Dans le même temps son collègue tue par accident un jeune noir qui a lui-même agressé un couple dont la femme, épouse du procureur de la ville, se croit persécutée par un jeune mexicain, lequel sera pris pour cible par un « arabe » lui-même en bisbille avec des chinois prochainement écrasés par le quatre-quatre des jeunes délinquants noirs en cavale…

Enchaîner des séquences suivant une logique marabout-de-ficelle, cela donne un « film choral ». Assez pour épater les critiques qui ne sont pas encore las, visiblement, de telles audaces nullement justifiées par une fantaisie ou une liberté de ton introuvables ici. Derrière ce bric à brac sursaturé de dramaturgie puérile, on ne trouve aucune inventivité mais un système démonstratif d’une rigidité effarante. On aura compris, au bout de quelques séquences cousues de fil blanc (noir ?), que dans la vie rien n’est ni blanc ni noir; les hommes étant, comme chacun sait, foncièrement bons, ce sont les circonstances qui les rendent méchants - merci Rousseau.

Le problème, c’est qu’un tel film, qui prend le spectateur en otage en l’abrutissant avec une musique larmoyante et une psychologie inepte (extrêmement bon = extrêmement méchant = totalement irresponsable) démontre exactement l’envers de son « message » affiché : à savoir que le racisme est une fatalité liée à la coexistence impossible des cultures dans un espace ou un contexte donné. Los Angeles est donc la métaphore du monde actuel saisi à travers un prisme infantilisant. Au nom d’un catéchisme antimanichéen (il est mal d’opposer le mal au bien) tout est donc permis. La petite fille vêtue de son manteau invisible sauve son père (aux innocents les mains pleines). Puis c’est au tour de Sandra Bullock repentie d’étreindre sa bonne mexicaine (« ma seule amie ») : amour et miséricorde vaincrons.
Doux Jésus, le ridicule ne connaît-il donc aucune limite ?